mardi 16 octobre 2018
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L’Écrivain panafricaniste Doumbi Fakoly sur l’élection présidentielle 2018 : IBK : «a deux projets dont la partition du Mali sous la pression de la France, ensuite, porter son fils à la Présidence …»

Sur fond de toutes sortes de contestations sans précédent, le Président sortant, Ibrahim Boubacar Kéïta, déclaré « réélu » par la Cour Constitutionnelle, a été investi, le 4 septembre dernier, avec un caillou  dans la chaussure. Outre le refus d’une dizaine de candidats  de le reconnaitre comme le «Président de la République», c’est le tour du monde intellectuel  de se prononcer ouvertement sur son illégitimité dont le cautionnement présage la fin de l’ère démocratique et l’installation d’un Régime monarchique de père en fils ici au Maliba. La réaction lucide du célèbre écrivain panafricaniste, Doumbi Fakoly, auteur d’une quarantaine d’ouvrages et fondateur de l’association 3RNA-Maaya face, aux deux tours du scrutin présidentiel 2018 est édifiante.

 La présente interview accordée en exclusivité à votre Quotidien, LE COMBAT le prouve. Lisez pour comprendre…

LE COMBAT: S’il y a une leçon à tirer des deux tours du scrutin présidentiel de 2018, ce serait d’abord la faible affluence des électeurs devant les urnes. Sur 8.000.462 électeurs inscrits, seulement quelque trois millions s’est mobilisés. Que pensez-vous de ce taux d’abstention trop élevé ?

Doumbi Fakoly : Oui, il y a eu une très faible affluence des électeurs aux urnes pour quelques raisons, dont les suivantes : les Maliens ne sont pas politisés et la grande majorité d’entre eux ne s’intéresse pas à la politique. Donc, ils ne sont pas au courant de ce qui se passe réellement. Ils ne sont pas au courant des enjeux.

Et, la deuxième raison est que la population malienne  a vu que sa situation ne s’améliore pas ; au contraire ça se dégrade d’année en année malgré les promesses (faites par les politiciens).

Ensuite, la troisième raison est que les citoyens ne font confiance en personne. Car, le Président sortant les a déçus. Il n’a pas tenu les promesses à la base desquelles il a été élu  à grande majorité en 2013. Et, le pire, on a vu que c’est sa famille et son entourage qui profitent de la situation au Mali. Donc, compte tenu de toutes ces circonstances, il est évident que les Maliens ne se sont pas mobilisés.

Si on vous demande de juger le bilan d’IBK, diriez-vous qu’il est reluisant ?

Bon, j’ai fait ma part de travail. À la fin de la première année de son mandat, j’ai écrit un livre intitulé « Le Mali sous IBK, un an après ». Et à la fin de la deuxième année aussi j’ai écrit un autre ouvrage intitulé : «Le Mali sous IBK, après erreur sur la personne y a-t-il quelqu’un pour sauver le Mali ? » J’ai dénoncé chaque fois le Régime d’IBK parce qu’il a vraiment déçu les espoirs. Et, voilà pourquoi la seule mobilisation que l’on a constatée lors de ce scrutin est qu’il y a eu l’achat de consciences des électeurs.

Les deux tours du scrutin présidentiel ont été émaillés d’irrégularités graves. Surtout au niveau organisationnel par les organes en charge. Aussi la perturbation déplorée dans plus de huit cents Bureaux de vote au premier tour et plus de quatre cents au second tour. Que pensez-vous de cela ? 

C’est un ensemble de choses qui se résument à l’insécurité physique et alimentaire. Si des Bureaux de vote ont été installés obligatoirement, si des électeurs ont été empêchés de voter, si des urnes ont été enlevées, remplies ensuite ramenées,  c’est parce que le problème se situe au niveau de l’organisation. Tout le monde sait que ces élections ne sont pas des élections. Et les manifestations qui ont  lieu ne sont pas seulement pour Soumaïla Cissé, mais c’est pour le Mali. Parce que si on laisse passer ces élections, il n’y aura jamais l’alternance au Mali. Tout le monde sait comment ils les ont organisées. Ils ont rempli des bulletins comme ils l’ont voulu. Ils ont fait des bourrages d’urnes comme ils l’ont voulu. Ils ont donné des scores qui ne sont pas réels. Ils ont fait voter de façon imaginaire là où il n’y a pas eu de vote. Le Ministère de l’Administration Territoriale est complice parce que c’est ce Département qui a tout organisé. Après le premier tour, les candidats avaient le droit et la possibilité de contester les résultats, mais dans un délai. Suite à des pressions, le Ministère a accepté la publication des résultats Bureau de vote par Bureau de vote, mais les résultats avaient été bloqués jusqu’au lendemain de la date limite. Ce qui fait que les revendications n’ont pas été prises en compte par la Cour Constitutionnelle. Ça, c’est aussi une  complicité entre la Cour Constitutionnelle et le Ministre de l’Administration Territoriale. C’est ainsi que la Cour en a profité pour invalider toutes les revendications qui étaient bien fondées. Donc, avec  ces magouilles-là, si on laisse passer cette élection, toutes les élections seront ainsi organisées frauduleusement. Lors des législatives, ils vont avoir la majorité à l’Assemblée Nationale et ce sera la même chose lors de la Présidentielle à venir.

Donc, vous voulez dire qu’IBK intronisera la personne qu’il souhaite lors de la présidentielle de 2023 ?

Chacun connait son projet : placer son fils à la tête de l’État. Son fils est là. Il fera en sorte que son fils soit le Président de l’Assemblée Nationale et quelques années seulement il lui donne la clé comme c’est le Président de l’Assemblée qui hérite selon la Constitution. Son ambition on le sait et c’est ça son ambition.

On a constaté que les mouvements armés notamment la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) ont beaucoup contribué à cette réélection du Président IBK. Qu’en dîtes-vous de cela?

La plus grande traitrise d’IBK, c’est d’organiser la partition du Mali. On sait que c’est là où on va aller. Tout le monde sait que Kidal n’appartient pas aujourd’hui au Mali, même IBK le sait. Pour y aller, il a été accompagné par les soldats de la MINUSMA, mais pas avec l’Armée malienne .C’était pour aller négocier .Et il a fait en sorte que tous les Kidalois soient avec lui. Il a deux projets, dont la partition du Mali sous la pression de la France, et ensuite va porter son fils à la présidence. Donc, si les Maliens laissent passer c’est la  catastrophe.

Ainsi, vous voulez dire que les candidats contestataires réunis autour du Chef de file de l’opposition, Soumaila Cissé, sont les sauveurs de la Démocratie malienne ?

Tous ceux qui sont autour de Soumaïla Cissé savent que s’ils sont en groupe, ils vont se faire entendre. Et voilà pourquoi ils sont autour de lui. La Démocratie est foutue au Mali ; on n’a plus de Démocratie. Si on laisse passer cette élection, ils vont faire des élections qu’ils veulent. Ils vont donner des résultats qu’ils veulent et la Cour Constitutionnelle qui est indigne, qui ne mérite pas son nom va les valider. Sinon la Cour connait bien la fausseté des résultats de cette élection présidentielle, mais elle les approuve.

Lors d’une de ses sorties médiatiques sur les antennes de la télévision nationale, ORTM, la Présidente de la Cour Constitutionnelle, Mme Manassa Dagnoko, a déclaré que le dernier mot leur revient. Alors que pourraient servir les plaintes des candidats contestataires?

Si la Cour Suprême est courageuse de reconnaître la forfaiture des 9 membres de Cour Constitutionnelle, les élections allaient être annulées. Effectivement, la décision de la Cour Constitutionnelle s’impose, mais à condition qu’elle soit faite dans les règles. Et ce n’est pas de prendre des voyous qui prennent des décisions injustes  et qu’on laisse passer. Ceux qui ont déposé les plaintes connaissent aussi la loi qui dit que quand il y a la forfaiture dans telles conditions, les décisions ne peuvent pas être acceptées.

Certains Dirigeants africains et européens dont l’ex-Président français, François Hollande, ont félicité le Président sortant pour sa réélection avant que la Cour Constitutionnelle ne donne son verdict. Trouvez-vous que c’est une atteinte à l’intégrité juridictionnelle du pays comme le qualifient les candidats contestataires ?

Tout le monde sait pourquoi ils l’ont félicité. La France l’a fait pour soutenir IBK dans son projet de s’approprier Kidal et ses richesses. La France sait que si elle soutient IBK, ses projets vont aboutir. Et les autres Chefs d’État africains sont des traitres comme IBK (Je le dis et le maintiens). C’est dans le cadre de la solidarité franc-maçon qu’ils soutiennent IBK. Entre traitres, ils se soutiennent. Sinon ils savent tous que c’est injuste. Ils savent tous comment IBK a été réélu .Tout le monde sait que c’est sur la fraude massive qu’il a été réélu. La façon dont ils l’ont fait c’est une honte pour le Mali. Personne ne respecte le Mali maintenant. Comment dans un pays, des Intellectuels regardent-ils ça sans réagir ?

Le tout nouveau Gouvernement du Président contesté a vu l’entrée de onze femmes et des jeunes. Et cela s’inscrirait dans le cadre de l’engagement d’IBK qui avait promis de faire de ce mandat celui de la jeunesse. Y trouvez-vous une incohérence ?

Pour moi (sourires sur les lèvres), ce Gouvernement est illégitime. IBK peut faire ce qu’il veut, il n’est pas mon Président. Il est monsieur Ibrahim Boubacar Kéïta. Il y a une femme qui a été condamnée et poursuivie par l’ONU sur le plan international pour harcèlement. Comment un escroc peut-elle être Ministre de la Transparence ? C’est de jeter la poudre aux yeux des gens. C’est une connerie. Moi je ne reconnais pas ce Gouvernement. La reconduction du Ministre Ag Erlaf est aussi une injure pour le Mali. C’est pourquoi je dis que si les Maliens ne font rien, ils vont avoir ce qu’ils veulent à l’Hémicycle. Ag Erlaf a été reconduit à sa place pour ça.

Vu cette situation déplorable du pays qui git sous l’écrasant poids  de la  mauvaise gouvernance et de la forfaiture institutionnelle, quel appel lancez-vous aux Maliens ?

À vos lecteurs, au Peuple malien et à l’Armée malienne, je dis il ne  faut pas laisser passer cet évènement qui est mauvais pour le Mali ; qui salit notre image. Et si ça passe, plus jamais il n’y aura de l’alternance au Mali. Parce qu’ils vont frauder comme ils le veulent. Il faut résister par tous les moyens.

Propos recueillis  par Seydou Konaté : LE COMBAT

Rédaction

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