samedi 18 août 2018
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SOUMEYLOU BOUBÉYE MAIGA À LA PRIMATURE : L’erreur politique de trop commise par le Président IBK

Vingt-quatre heures après le départ d’Abdoulaye Idrissa Maiga, un décret a été lu sur les antennes de l’ORTM, annonçant la nomination de Soumeylou Boubéye Maiga comme Premier ministre. Si beaucoup d’observateurs de la scène politique malienne s’y attendaient, l’opinion publique a été surprise par cette nomination la moins logique politiquement parlant, compte tenu de son passé sulfureux et de sa faible représentativité politique. Par cette nomination, le Président IBK vient de commettre la troisième grosse erreur politique de son quinquennat s’agissant du choix de son Premier Ministre, après celles de Moussa Mara et de Modibo Keita. En quoi ce choix a été une erreur pour IBK et quelles peuvent en être les conséquences ?
Jamais, de l’indépendance à nos jours, le Mali n’a connu une telle instabilité gouvernementale en un laps de temps. En moins de cinq ans de gestion, le Président IBK est à son cinquième Premier Ministre, soit en moyenne un Premier ministre par an. Ils sont par ordre de nomination, Oumar Tatam Ly, Moussa Mara, Modibo Keita, Abdoulaye Idrissa Maiga et Soumeylou Boubéye Maiga. Si tous ont été les proches collaborateurs d’IBK, seul Abdoulaye Idrissa Maiga a été nommé dans les règles de l’art démocratique, pour être issu du parti majoritaire à l’Assemblée Nationale. Les quatre autres l’ont été sur la base de leurs affinités avec IBK. La nomination de Soumeylou Boubéye Maiga a fini par convaincre une certaine opinion, qui lui avait pourtant prêté la volonté de bien faire, qu’IBK est loin d’être un démocrate. Si nul ne conteste la compétence, l’expérience et la profonde connaissance du dossier sécuritaire de Soumeylou B. Maiga, beaucoup pensent également que ces qualités ne suffisent pas pour être Premier Ministre. Le poste de Premier Ministre étant éminemment politique, il devrait être confié à quelqu’un qui est issu du parti majoritaire à l’Assemblée Nationale. Bien qu’étant dans la Convention de la Majorité Présidentielle, CMP, l’actuel PM est issu d’une petite formation, ASMA-CFP, avec moins d’une dizaine de députés. Et si les députés du Rassemblement Pour le Mali, RPM, parti majoritaire censurait le gouvernement, il tomberait immédiatement. Le choix de Soumeylou B. Maiga est la troisième erreur commise par IBK, après celles de Moussa Mara et de Modibo Keita. Tous les trois PM ne devraient leur légitimité qu’à IBK et ont juste saisi des opportunités offertes par le Président de la République pour se hisser à la plus haute fonction de l’administration. Puisque le RPM est loin d’être l’ADEMA-PASJ de 1992, Soumeylou B Maiga peut tranquillement savourer sa victoire. En 1992, après l’accession de l’ADEMA au pouvoir et fort de son écrasante majorité à l’Assemblée Nationale, le parti a fini par dicter sa volonté au Président Alpha Oumar Konaré, après le court passage à la Primature tout de Younoussi Touré et d’Abdoulaye Sékou Sow. Il a fallu que le parti monte au créneau pour imposer son choix au Président de la République d’alors et, ironie de l’histoire, ce choix s’est porté sur IBK, alors membre de la direction de l’Adéma, pour être le premier ministre. Pour y avoir passé sept ans, il détient le record à ce poste. La raison de sa longévité tient au fait qu’il avait le soutien indéfectible de son parti dont il prendra d’ailleurs les rennes quelques mois après sa nomination comme PM. Pourquoi après avoir bénéficié de tous ces avantages, IBK au pouvoir méprise tant ses camarades du RPM ? Les conséquences de la nomination de Soumeylou B. Maiga sont multiples. Il y a d’abord la perte de motivation du RPM pour soutenir IBK. A cela s’ajoute l’image négative de l’opinion nationale sur le nouveau PM qui, à ses yeux, trainent des bruits de casserole dans l’affaire d’achat des équipements militaires ou encore dans la rocambolesque visite du PM Mara à Kidal. Par cette énième erreur de casting, IBK perdrait le soutien d’une frange importante de l’opinion, dubitative quant à ce choix. Et, enfin, la troisième conséquence pourrait être la dislocation de la Convention de la Majorité Présidentielle dont la plupart des partis-membres commencent déjà à scruter d’autres horizons politiques plus prometteurs. Comme pour dire qu’un autre pas de géant vient d’être franchi vers la défaite en 2018 de l’actuel président.
Youssouf Sissoko
youssour@journalinfosept.com

Djibril Coulibaly

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