jeudi 23 novembre 2017
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Seydou Badian Kouyaté : «Je propose qu’on sursoie à l’élection présidentielle de 2018, je souhaite une union sacrée de l’opposition et du pouvoir jusqu’en 2023»

Le seul membre vivant du Bureau politique de l’Union soudanaise RDA, Seydou Badian Kouyaté, père de l’Indépendance du Mali, nous a accordé cet entretien, hier chez lui, dans sa bibliothèque personnelle. Au regard de la situation sécuritaire plus que délétère dans le pays, le Soudanais souhaite  qu’il n’y ait pas d’élection présidentielle en 2018. Que l’argent qui doit être engagé dans cette élection soit investi  à l’éducation, à la santé, à l’armée. Selon sa proposition,  cette union sacrée doit être composée autour du Président IBK qui restera à son poste. Mais qu’il sera obligé de travailler avec l’opposition, la société civile. C’est une  sorte de compromission. Il soutient: «Je pense de quelque chose de primordial, c’est l’implication de chacun de nous, de chaque Malien, qu’il soit avec Ibrahim Boubacar Kéïta ou avec Soumaïla Cissé, avec Tiébilé Dramé ou avec Oumar Mariko, entre autres, je souhaite que ça soit l’affaire de chaque Malien». Seydou Badian Kouyaté est âgé de 89 ans. Ici, nous vous livrons l’intégralité de notre entretien ! 

J’ai tenu à vous voir parce que ce qu’on apprend sur notre pays n’est pas brillant. Il n’y a vraiment pas de quoi à être fier. Ce que les journaux nous apprennent n’est que  la face visible de l’iceberg, il y a tout le reste que certains ont peur de révéler.  On se tait là-dessus. Et  que d’autres font semblant d’ignorer. Je pense que nous vivons une situation pas belle, une situation trouble. Elle est presque dramatique. Les morts, les blessés que la presse nous apprend ne constituent que la partie visible de l’iceberg. Je dis, je répète, ce qu’on apprend est triste, sombre. Il n’y a pas vraiment de quoi à être fier. L’état que nous vivons n’est pas véritablement un état de  paix. Nous sommes dans l’attente. De quoi ? Je ne sais pas. Mais nous semblons être dans l’attente de quelque chose. Compte ténu de ce  que j’apprends, moi, j’ai une proposition à faire. Ma proposition est la suivante: d’abord, je propose qu’on sursoie à l’élection présidentielle de 2018. Les fonds cumulés qui attendent d’être dépensés, d’être engagés dans les compétitions serviront, sur ma proposition, à donner une nouvelle vie à l’éducation, à la santé, à l’armée et à la sécurité.   Qu’est-ce que je propose  à la place ? Je propose une union sacrée. Une union sacrée du pouvoir et de l’opposition. Parce que le terrorisme ne distingue pas, ne regarde pas les cartes, ne se soucie pas des sources. Le terrorisme frappe. J’ai une dynamite, j’ai un fusil et je tue tout ce qui bouge devant, c’est ça le terrorisme. Je propose, donc, que l’opposition et le pouvoir s’engagent dans la voie d’une union sacrée. Quand je dis opposition, je parle des opposants qui sont présents dans chacune de nos Régions. Celui qui, dans son village, se proclame opposant ne fait pas partie de ce que moi je vise. Ça ne veut pas dire que je le néglige, mais pas du tout, seulement, pour ce que nous nous proposons, il n’en fait pas partie.  Ça limite le nombre, mais ça nous met en face de véritables exécutants dont nous avons besoin pour que le pays soit entendu. Je m’adresse à ces opposants. Il y a une situation connue de chacun de nous, il y a ce dont on ne parle pas. Mais notre pays vit une situation trouble. Personne n’est sûr de ce qui va arriver demain dans tel village, telle ville, telle Région, même à Bamako. Il est temps de prendre conscience de ce que nous vivons. Et il est temps de prendre le problème, que chacun s’implique ! Que tu sois opposant, que tu sois de la majorité, que chacun considère que la situation le concerne, la situation l’intéresse, la situation veut qu’il s’implique. Parce que c’est ta situation. Encore une fois, le terrorisme ne choisit pas, il frappe.  Donc, il faut que l’opposition et la majorité se donnent la main pour qu’on bâtisse une union sacrée. Le souci de chacun est le souci de tous. Le problème face auquel nous nous trouvons est un problème de nous tous. Opposant, majorité, et même ceux qui disent que la politique ne m’intéresse pas, ils peuvent être tués du jour au lendemain. Nous devons en avoir conscience. Nous devons nous préparer, nous devons accepter la situation qu’on nous a imposée. À bras le corps, nous devons nous battre. Personne n’est à l’abri, nous sommes tous concernés, nous sommes tous impliqués, nous sommes tous visés. C’est  à en prendre conscience, à accepter parce qu’on ne peut pas faire autrement. Et, encore une fois, en tirer les conclusions.

J’aurais beaucoup de choses à dire plus tard. Mais une fois qu’on arrivera à mettre cette union sacrée sur pieds, j’aurais l’occasion de vous dire comment je vois la suite.

Si l’on arrive à s’unir, à créer cette union sacrée, moi je me soumettrais aux directives que l’union sacrée prendra.

Une sorte de transition pour gérer les affaires ?

Ma situation parle d’un constat. Le pays est devenu un État trouble. Il y a des morts à droite, il y a des morts à gauche, si on crée ce que certains croient, ça ne nous mettra pas à l’abri. Ce que moi je propose c’est l’union sacrée. Que chacun considère que c’est une affaire qui le concerne. Que chacun doit s’impliquer, une fois qu’on arrivera à ça, je suis un militant discipliné qui suivrait. Mais dans l’état actuel, je ne ferais rien parce que ça n’aboutit à rien. Ce que je souhaite, c’est la paix, la véritable paix, et que chacun comprenne qu’il est auteur de cette paix. Il est auteur et il est bénéficiaire.

Je pense de quelque chose de primordiale, c’est l’implication de chacun de nous, de chaque Malien, qu’il soit avec Ibrahim Boubacar Kéïta ou avec Soumaïla Cissé, avec Tiébilé Dramé, avec Oumar Mariko, je souhaite que ça soit l’affaire de chaque Malien. On doit penser ainsi. C’est mon affaire aussi, c’est mon problème aussi. Ce n’est pas seulement celui-là parce qu’il est à la tête du pouvoir aujourd’hui, mais c’est nous tous. Ça n’épargne personne. Je voudrais qu’on en tire les conséquences.  On  règlera les règlements de compte après. Mais,  pour le moment, ce qu’il faut, c’est de forger la paix. Et cela dépend de nous même.

Pensez-vous réellement que cet argent ne sera pas détourné pour autres fins personnelles ?  

Si vous accordez le fait, vous êtes impliqués. Nous prendrons les mesures qu’il faut pour que ce passé qui a tant pu nous nuire ne se renouvelle plus. J’ai quelque chose réservée pour le Bureau du Vérificateur Général, je voudrais que demain le BVG puisse publier les résultats de ses travaux. Pour le moment, c’est la mise sur pied de l’union sacrée qui est fondamentale.

Ça ne sera pas facile. Car, certains attendent 2018 pour se débarrasser d’IBK. Je sais, mais au-dessus de tout, il y a le Mali, il y a la paix au Mali, le renom du Mali.  Ce n’est pas le Mali que nous avons battu. Mais je l’accepte. Comprenons que nos divisions n’intéressent personne. Nous avons besoin d’être ensemble pour être forts. On avait besoin de ça dès l’orée  de l’Indépendance. Nous ne l’avons pas compris. Moi, je suis pour sauver le Mali. On ne peut sauver le Mali aujourd’hui que si nous avons une armée forte, une sécurité forte, une armée et une sécurité conséquente. Si on n’a pas ça, alors on baisse la tête et on se met à genoux.

Je considère que Dieu m’a fait un beau cadeau. Il m’a permis de vivre jusqu’ici. Je crois que je n’ai plus rien à attendre ici. Mais je tiens à mettre au moins mon pays sur le chemin de l’avenir que je considère avec respect, avec optimisme. Si on est uni, on est fort. Et si on est fort, on peut beaucoup faire. Même ceux qui nous aident nous aideront davantage. Je crois que nos ennemis sont d’abord nous-mêmes. Il faut laisser tomber ces petits calculs, ces ambitions personnelles, matérielles et se dire qu’on doit s’unir pour être fort et uni et on sera fort. Mais si les uns tirent à gauche, les autres à droite, on s’affaiblit et on perd beaucoup.   Je pense qu’il faut que je parle, je pense à mes camarades qui sont tous partis et ils auraient désespéré de moi si je suis indifférent à ce qui se fait aujourd’hui au Mali. Je ne veux pas qu’ils soient déçus de moi.

Oumar Diakité

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Rédaction

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