jeudi 23 novembre 2017
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France's rugby players train on the eve of the friendly rugby union international match between France and New Zealand All Blacks on November 13, 2017 at the Groupama stadium in Decines-Charpieu near Lyon, southeastern France. / AFP / PHILIPPE DESMAZES

Rugby : vous reprendrez bien un peu de All Blacks ?

La vengeance est un plat qui se mange froid ? Trois jours seulement après une défaite 31-18 face à la Nouvelle-Zélande, le XV de France va tenter, mardi 14 novembre, de démentir cet adage à Lyon. Mais, alors que les titulaires ont rendez-vous, samedi, avec l’Afrique du Sud au Stade de France, ce sont deux équipes bis qui s’affrontent ce soir sur la pelouse du Parc OL à partir de 19 heures. Dès lors, se pose la question de la légitimité de cette revanche précipitée – qui n’en est d’ailleurs pas vraiment une, puisque les joueurs ne seront pas les mêmes. Seul François Trinh-Duc, entré en jeu à la 75e minute le 11 novembre, sera titularisé à l’ouverture.

Le 23 octobre, dans le Parisien, le sélectionneur Guy Novès n’avait pu cacher une légère ironie : « Pour ce deuxième match du mardi, qu’on m’a “gentiment” proposé, ce ne seront pas les mêmes joueurs. Mais pour nous, ce sera une véritable évaluation. Ce ne sera pas un match “gigot haricots”. »
« L’argent qui décide »

Le même jour, cette fois-ci dans Le Point, l’un de ses prédécesseurs, Marc Lièvremont, forcément plus libre de ses mots, s’était prononcé sans détour : « Sportivement, ce n’est évidemment pas très cohérent. Affronter les All Blacks avec une équipe de France bis, en termes de préparation, c’est compliqué, d’autant que le samedi d’après il y a une échéance, et pas des moindres, qui s’appelle l’Afrique du Sud. Cela n’a pas trop de sens. Il est regrettable que ce soit avant tout l’argent qui décide. »

Effectivement, le choix de la Fédération française de rugby, qui a ajouté ce rendez-vous après coup au calendrier de la tournée, semble être davantage dicté par la perspective d’une alléchante recette de billetterie et de droits télévisés, que par une véritable stratégie sportive.

Quelques indices permettent d’aller dans le sens de l’ancien sélectionneur du XV de France. D’abord, les joueurs qui évoluent mardi soir, n’auront sans doute pas leur chance face aux Springboks quatre jours plus tard. Les déclarations de Yannick Bru, entraîneur des avants, vont en ce sens : « Les joueurs qui jouent mardi soir, ce sera difficile de leur donner du temps de jeu quatre ou cinq jours après. »

Si les joueurs alignés à Lyon n’ont aucune chance de défier les Sud-Africains, cela limite forcément l’intérêt sportif de cette redite. « Un tel match coincé entre deux tests peut être intéressant s’il permet éventuellement de puiser dans cette équipe bis. Quand j’étais joueur, sur des tournées de deux mois, je me suis ainsi déjà trouvé à jouer le mardi et à rejouer le samedi, explique l’ancien international et ex-sélectionneur Pierre Villepreux, Là, ce n’est visiblement pas le but : ces joueurs ne s’entraînent pas avec le groupe des titulaires, ne jouent pas au même endroit, il y a une coupure préjudiciable. »

Signe supplémentaire du caractère incongru de cette rencontre, le staff du XV de France n’a pas fait le déplacement pour la préparer. Guy Novès et ses collègues sont restés à Marcoussis pour s’occuper des titulaires, même s’ils sont attendus pour le match. Seul Gérard Bastide est présent dans le Rhône. Sage précaution que d’avoir sous la main le responsable de la défense de l’équipe de France avant d’affronter les redoutables All Blacks, même remplaçants…
« Cape » ou pas « cape »

A leur décharge, cet enchaînement est loin d’être facile à gérer, comme le confirme Pierre Villepreux : « Il faut ajouter à ces deux rendez-vous contre les All Blacks, le match vendredi [10 novembre] des Barbarians français, que la Fédération s’est accaparée. Il y a une vraie difficulté pour le staff à faire trois sélections d’équipes consécutives. »

Autre argument massue pour les sceptiques, ce France – Nouvelle-Zélande n’est pas officiellement reconnu par World Rugby. Le deuxième test-match de cette tournée d’automne n’aura lieu que dans quatre jours face aux Sud-Africains. Les joueurs qui défient les Néo-Zélandais n’auront pas la joie de se voir accorder une cape internationale.

Les joueurs, principaux intéressés, font, eux, abstraction de ce débat. « Une sélection ou pas, moi ce que je retiens, c’est que j’aurai le coq sur le cœur », assène le troisième-ligne Marco Tauleigne. Il est vrai que « Cape » ou pas « cape », une victoire contre les meilleurs rugbymen du monde est toujours bonne à prendre. Le XV de France n’a plus battu les All Blacks depuis le 13 juin 2009 (27-22).

Djibril Coulibaly

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