vendredi 24 novembre 2017
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Rokiatou Sissoko : Certes, une Handicapée mais pas comme les autres

Leader d’une association nationale et comptable-adjointe à la Direction de l’Economie et d’Industrie, Mme Rokiatou Sissoko est  une jeune femme, très brave, courageuse, dynamique et travailleuse. Elle est mère d’une fille, et réside à Lafiabougou. Forte de son dynamisme et de son niveau intellectuelle, elle a su se forger le chemin jusqu’à intégrer, dès après ses brillantes études, la Fonction publique en 2004, comme Comptable à la Direction du «Ministère de l’Economie et de la Finance». Rokiatou est membre active à l’association des personnes handicapées. Elle porte la double casquette de Secrétaire à l’Organisation  du Bureau national de l’Association des personnes handicapées du Mali et  Secrétaire Générale du Comité féminin de ladite association. « Je vie avec ce handicap sans me gêner», nous-a-t-elle affirmé. Suivons cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder ! 

LE COMBAT : Pourquoi choisir la comptabilité  comme métier  et cela vous fait  combien d’années dans ce service ?

Rokiatou Sissoko : certes, le fait de choisir le travail que tu veux faire  dépend de la faculté de tout un chacun. J’ai choisi la comptabilité comme Profession parce que je n’aimais pas trop lire ni apprendre ou biché  les leçons, par contre j’aimais  les calculs, les Sciences Maths. Et c’est ça qui m’a facilité la tâche pour m’orienter dans le domaine des comptabilités. Ici, je suis dans mon premier service en tant que Comptable dans ce ministère depuis 2004. Donc, cela me fait 13 ans dans ce service.

Etant Secrétaire Générale du Bureau nationale et du Comité féminin de l’Association des Personnes Handicapées, vous arrivez à remplir cette double tâche ?

Oui j’arrive à faire les deux travaux ensemble ; car, je suis toujours bien organisée. Que ça soit à mon service et dans la vie associative, j’ai toujours su m’organiser et bien gérer mes programmes. Je me suis toujours dotée dans ma tête d’un calendrier par rapport à mes activités, à ma vie quotidienne et au plan professionnel. Mes activités deviennent intenses surtout vers les fins d’années avec les Rapports, les dossiers, les bilans des fins d’exercices annuels du côté du Service. On sein de l’Association aussi, je travaille beaucoup en faisant de mon mieux.  Là-bas, je deviens  énormément occupée souvent avec  les deux grands postes que j’occupe. La double casquette comme vous venez de le dire, exige de l’énergie.

Brièvement, comment ça fonctionne au niveau de votre Association ? Cet état n’est pas gênant psychologiquement?

Dans notre association, on fait des formations avec les autres confrères handicapés.  On monte des  projets (ONG) pour la recherche des fonds, et on travaille aussi avec des psychologues. Moi je vie avec cet état de handicap mais sans me gêner. Cependant, tel n’est pas le cas chez mes autres confrères parce qu’il y en a qui ont honte. Bien sûr, le handicap c’est quelque  chose qui n’est pas du tout facile à vivre avec. Surtout, si on n’a pas de personnes spécialisées  qui vous  donnent des conseils  et vous guident dans le bon sens de la vie. Vraiment, ce n’est  pas facile. Mais, l’essentiel c’est de se montrer utile, capable, dynamique et surtout réaliste dans la vie. Il suffit de se comporter psychologiquement, mentalement et moralement comme tous les autres êtres humains, comme les autres femmes (pour les femmes) et ça passe.

Il vous arrive parfois de rencontrer des difficultés ou critiques dans votre lieu de travail ou à l’Association ?

Certes, tout travail incombe des difficultés. Mais, moi, dans mon service de comptable, vraiment, je n’ai pas eu des difficultés. Cela, ni dans l’exécution de mes tâches ni dans les rapports humains  avec mes Collègues ou collaborateurs de service. Je travaille avec trois Chefs qui ne me fatiguent pas du tout.  Et je fais mon boulot correctement. Par contre, dans  l’Association, nous rencontrons beaucoup de difficultés. Surtout d’autres ne comprennent pas qu’on peut tout faire bien dans sa vie étant handicapé. Donc, il a fallu à ce qu’on travaille durement, chercher des fonds pour atteindre nos objectifs. Pour ça, il faut faire des courriers, concevoir des projets bancables, effectuer des démarcher auprès des bailleurs de fonds et partenaires potentiels, procéder à des études de faisabilité  il nous faut faire des lettres de quêtes, contacter  des structures spécialisées pour bénéficier des aides financièrement. Mais il y en a qui  nous considèrent comme des mendiants. Or, nous on voulait former nos militants en apprenant à savoir vivre avec leur handicap et travailler avec pour gagner honnêtement sa vie et indépendamment et devenir même utile à sa famille, sa communauté, sa société et à sa nation.  Les critiques se trouvent à tous les niveaux,  entre nous handicapés (e), on se critique en premier avant même que les autres personnes dans la société nous critiquent. Les gens pensent qu’on ne peut rien faire comme travail avec le handicap. C’est erroné voire faux. Si on veut, on peut !

Vous arrivez à vous en sortir financièrement avec ses deux travaux sans dépendre de personne ?

J’arrive à m’en sortir sans l’aide de mes parents, ni de mes proches. L’argent que je gagne par mois me permet de subvenir aux besoins de ma fille et de moi-même. Aussi, je prête main-forte à mes parents ainsi qu’à mes proches qui sont dans les besoins. Dieu merci je dépends de moi même. Par contre, dans l’association c’est la formation qui est très bénéfique. On ne gagne pas de l’argent là-bas, mais on gagne la connaissance, moi je me sens fière de moi-même par ce que j’ai beaucoup aidé mes confrères à sortir de leur situation.

Est ce que, ne serait-ce que moralement, votre famille, votre entourage vous encourage davantage dans votre vie?

Ma famille et mon milieu m’encouragent beaucoup plus. Je suis soutenue par tout le monde sur toutes les activités que je mène en place pour notre association. Et aussi, je suis soutenue  au niveau de mon service. Les membres de l’association, les gens de mon quartier, vraiment je ne me plains de rien de ce côté. Objectivement, on m’adresse des félicitations et des encouragements avec, à l’appui, des éloges.

Avez-vous des projets à réaliser pour cette année 2017 pour votre association ?

En réalité, je n’ai pas de projets d’abord pour cette année 2017. Mais, dans les jours à venir, nous comptons former d’autres groupes. C’est pour atteindre l’objectif même de notre association.

Votre message pour les autres femmes handicapées qui sont dans la maison à ne rien faire ?

Je lance un message à toutes les femmes handicapées du Mali et d’Afrique afin qu’elles ne se minimisent pas à l’égard des autres femmes normales. Qu’elles sachent qu’être handicapée physiquement n’est  pas fatale. C’est différent d’être handicapée moralement, mentalement ou consciencieusement. Ce n’est pas une maladie avec laquelle qu’on ne peut pas vivre. Ce n’est pas un défi insurmontable. On peut  faire tout travail  étant femme handicapée. Certes, on peut dire qu’on ne peut sauter et marcher ou courir comme les personnes normales. Mais, on peut faire toute activité que les autres personnes font. Certaines femmes de notre association pratiquent le Sport (comme la course sur leurs fauteuils roulants, etc.). Il y a des femmes handicapées qui ont des métiers. Pour moi, tout est question de mentalité, de convictions, de conscience et de destin.

Réalisée par Fatoumata Bintou Tounkara, Stagiaire

Rédaction

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