mercredi 26 juillet 2017
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Quel statut pour les premières dames dans le monde?

Emmanuel Macron qui doit être investi président ce dimanche, souhaite clarifier le rôle de son épouse à l’Elysée. Un statut pour lequel le flou le plus total règne pour les compagnes de chefs d’Etat dans le monde.

Ce 14 mai doit avoir lieu à l’Elysée la passation de pouvoir entre le président sortant François Hollande et son successeur, Emmanuel Macron. Un président nouvellement élu qui n’a pas fait mystère de son intention de doter son épouse Brigitte Trogneux d’un véritable statut une fois élu.

Cette démarche est censée rompre ainsi avec l’ambiguité dans laquelle sont trop souvent cantonnées les compagnes des chefs d’Etat français. « Elle ne sera pas rémunérée par le contribuable, mais elle aura une existence, un rôle public, promettait alors le candidat sur le plateau de TF1 pendant l’entre-deux-tours. Nous en définirons donc le cadre, et elle en décidera aussi à ce qui en revient d’elle ».

Dans l’Hexagone, le statut de « First Lady » n’a jamais eu aucune valeur officielle. L’épouse du chef de l’Etat se voit simplement attribuer de façon informelle un bureau à l’Elysée et des personnes attachées à son service. En France, le terme lui-même a été utilisé pour la première fois pour désigner Marguerite Lebrun, épouse du président Albert Lebrun, après une rencontre avec les Roosevelt, le couple présidentiel américain, dans les années 1930.

Michelle Bachelet « nomme son fils Première dame »

« Quel que soit son tempérament, elle est tenue de participer à un minimum de réceptions, d’inaugurations et de voyages officiels, écrit Clémence Cardinaud, auteur de « Les épouses des hommes politiques français sous la Ve République » (Université du Québec à Montréal, 2010). Les femmes qui ont joué le rôle de première dame ont souffert de ce « non-statut » flou ».

Car à l’exception des Etats-Unis, le rôle de la First Lady n’est véritablement institué nulle part dans le monde. Et même dans le pays où le concept est né, il n’apparaît pas dans la Constitution des Etats-Unis. Son rôle est simplement protocolaire et se limite à un devoir de cérémonie. Souvent, ces épouses de chefs d’Etat se distinguent par un fort investissement de représentation dans des secteurs comme la protection de l’enfance ou la lutte contre l’obésité, à l’instar de Michelle Obama et son programme « Let’s Move ».

Ce rôle est à ce point entré dans la tradition dans certains pays qu’il a parfois fallu leur trouver des substituts. A son arrivée au pouvoir en 2006 au Chili, Michelle Bachelet est célibataire, séparée du père de ses deux enfants. Pas de « First gentleman » pour parrainer des œuvres humanitaires par exemple. Qu’à cela ne tienne, elle crée alors un poste de « directeur des thématiques socioculturelles de la présidence », qu’elle exerce elle-même.

Rebelote en 2014 quand elle nomme son fils, le professeur de sciences politiques Sebastian Davalos à la tête de sept fondations dont la présidence était traditionnellement assurée par l’épouse du président. Ce qui fera titrer à la presse latino-américaine que Michelle Bachelet « nomme son fils Première dame ». L’exemple n’est pas inédit en Amérique latine. Au Pérou, Keiko Fujimori, la fille du président Alberto Fujimori, assume ainsi le rôle de « Première dame » après le divorce de ses parents en 1994.

Charité et politique en Afrique

Pourtant, la dimension politique du rôle de la First Lady n’est jamais loin, à plus forte raison à cause du flou qui entoure sa fonction. C’est notamment le cas par exemple en Afrique francophone où « les Constitutions restent muettes sur cette position qui relèverait davantage du protocole », écrit Anteh Josiane Kana dans « Statut et rôle des épouses des chefs d’Etat en Afrique » (L’Harmattan, 2013).

Sur le continent africain, nombreuses sont les épouses de chefs d’Etat à diriger des organisations humanitaires, que ce soit Dominique Ouattara, épouse du président ivoirien, avec la fondation Children of Africa ou la fondation Soka de Chantal Compaoré, épouse de l’ancien président Blaise Compaoré au Burkina Faso.

Ces organisations servent indirectement la carrière de leur mari, estime le politologue camerounais Hilaire de Prince Pokam, qui écrit dans « La participation des premières dames au jeu politique en Afrique » (Afrimap, 2006) au sujet des « First Ladies » africaines : « Elles deviennent d’une part des acteurs politiques par procuration, car leurs activités sociales contribuent à humaniser l’image de leur époux, d’autre part des acteurs politiques confirmés, partenaires de leur conjoint dans le jeu de la conquête/conservation du pouvoir ».

Anteh Josiane Kana prend le cas d’Antoinette Sassou Nguesso. En 1984, l’épouse du président congolais Denis Sassou Nguesso lance sa propre fondation, Congo Assistance. En 2011, dans un reportage télévisé, une femme explique à la télévision nationale que la première dame leur avait promis que son département serait retenu pour le processus de municipalisation accélérée – une décision qui revient pourtant en dernier recours au président, pas à la première dame. « Le terme de présidente de fondation qui va lui être reconnu va apparaître comme le prolongement des fonctions présidentielles exercées par son époux », écrit Anteh Josiane Kana au sujet d’Antoinette Sassou Nguesso.

En 2004, l’épouse du président Paul Biya, Chantal Biya, était même allée plus loin en déclarant au magazine féminin Divas : « Je m’investis dans les œuvres caritatives et humanitaires. Par ce biais, je crois que j’aide aussi un peu le président dans la matérialisation de sa politique de lutte contre la pauvreté et les souffrances ».

rfi

Djibril Coulibaly

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