samedi 15 décembre 2018
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Misère chez les entrepreneurs du Mali : Un entretien à bâton rompu avec Aly Yattassaye, PDG du Groupe Yattaly

C’est un jeune de 40 et père de six enfants. Il est le Président Directeur Général (PDG) de plusieurs entreprises structurées dans un Groupe dénommé Groupe Yattaly. Aly Yattassaye, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous a accordé un entretien  à bâton rompu dans son Bureau, à Badalabougou, sur la crise que connait actuellement le monde des entreprises au Mali. Sans langue de bois, il a accepté de s’exprimer. Lisez plutôt !

LE COMBAT :Qui est Aly Yattassaye ?

Le PDG du Groupe Yattaly : Je suis Aly Yattassaye, opérateur économique de la place. Jeune Franco-malien, PDG du Groupe Yattaly dont : Mali Guard, Afric Cosmétique, Immobilier et Presse Africa. Aussi je suis le Président fondateur du mouvement associatif : ‘‘La Jeunesse qui bouge’’. Le lancement officiel de ce mouvement aura lieu le 25 décembre 2018.

Quel est votre parcours dans le domaine de l’entreprenariat ?

Auniveau de l’entreprenariat, je me suis toujours battu. Puisque, dès mon jeune âge, depuis  12 ans, j’ai commencé à exercer le métier de commerce au Togo où j’ai fait mon enfance. De là-bas, j’ai eu la chance de parcourir certains pays comme la Côte-d’Ivoire où je faisais l’habillement. Après, en 1997 je me suis retrouvé au Congo où j’ai passé aussi une partie de mon aventure. J’ai travaillé dans le domaine du commerce dans tous ces pays, surtout en ce qui concerne les matériels comme le CD, la téléphonie et autres jusqu’en 2001. Après, je suis parti en France. De la France jusqu’ici je  fais pas mal de choses. En commençant dans le métier de la sécurité : le gardiennage, agent cynophile, sécurité incendie, agent de sécurité dans les aéroports, des universités et autres.

J’ai eu la chance d’avoir la nationalité française. J’ai créé ma structure de gardiennage qui existe depuis plus de 15 ans. J’ai ouvert aussi une Boutique de cosmétique    à Château d’eau. Et, en 2010, je me suis dit à un moment qu’on n’est mieux que chez soi. Donc,  j’ai eu l’idée de revenir au pays. L’ambition c’est de créer l’emploi, l’emploi pour les jeunes, l’emploi pour la population malienne. Ainsi, quand je suis venu au Mali j’ai créé Afrique Cosmétique, Fair et White, après il y a eu Mali Guard en 2011 la structure de gardiennage. Elle surveille un peu partout dont l’ORTM. Après nous avons mis en place la société de communication Presse Africa, avant de nous lancer dans l’immobilier pour répondre aux besoins des Maliens de la diaspora qui nous ont fait confiance. Aussi, j’ai mis en place un restaurant, la résidence Yattaly, une résidence hôtellerie, en plus d’une  salle des sports. Malheureusement, ça n’a pas été du tout facile. Les gens n’ont pas respecté les procédures comme il faut. Pour moi, c’était de créer l’emploi. Finalement, j’ai été obligé de fermer ces entités.

Aujourd’hui, je continue avec Mali Guard, une société de gardiennage ; Afrique cosmétique qui évolue dans le domaine de tout ce qui concerne les produits cosmétiques Fair et White. On a une nouvelle Game qui vient des États-Unis. En plus, j’œuvre   beaucoup dans l’évènementiel. Organisation des concerts. Aussi on fait appel à Mali Guard pour la sécurisation de tous les grands concerts qui ont eu lieu à Bamako. On dit que c’est le numéro 1 en matière de sécurité.  Au-delà de tout ça, comme je le disais, mon enfance n’a pas été du tout facile, les gens m’ont aidé. J’ai eu la chance de réussir et je viens partager avec  les miens ce que j’ai pu avoir. En même temps qu’il y a beaucoup de jeunes aujourd’hui qui sont en difficulté, dans la précarité, en manque d’emploi, manque de formation, qui passent leur temps dans les grins…ça les poussent à la délinquance, des enfants de la rue qu’on voit…j’ai eu toujours cette idée de pouvoir tendre la main, mais comment aider ? À travers mes relations un peu partout dans le monde, des amis qui peuvent me donner un coup de main, donc j’ai décidé, pour le faire, d’aller à travers une association. Laquelle qui serait  peut-être une fondation un jour pour pouvoir  venir en aide aux personnes les   plus démunies. Pendant ces longues années de mes voyages dans le monde j’ai appris une phrase qui sort dans les bouches : « la jeunesse qui bouge ». Maintenant, à travers la jeunesse qui bouge, beaucoup sont venus vers moi pour que je puisse les aider à bouger, la manière dont je bouge. Ils ont pris mon exemple, ils inspirent de la manière dont je cours de pays en pays, parce qu’ils ont vu mes vidéos. Et des amis qui sont dans l’entrepreneuriat. D’autres amis qui sont dans les différentes structures m’ont écouté en disant on veut aller jusqu’au bout pour pouvoir aider la jeunesse malienne. Aussi, ils veulent traverser les frontières pour aller dans les autres pays africains. Raison pour laquelle nous avons créé l’Association la Jeunesse qui bouge. Elle regroupe aujourd’hui des centaines de jeunes à travers l’Afrique et un peu partout. Ce mouvement, j’ai voulu faire le lancement le 25 décembre 2018. Voilà, c’est les projets qui sont actuellement en cours.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

Ce n’est pas facile comme je l’ai toujours dit. Nous, on quitte l’Europe en ayant toutes les conditions (la famille, le travail, les enfants). Mais quand on vient, c’est pour dire qu’on a envie de travailler, qu’on a notre manière d’aider, de gagner. Mais les difficultés que nous avons, ce que nous sommes malheureux ici, mal accueillis, mal orienté. Et ça, à travers tous les jeunes qui reviennent, qui veulent s’investir. Ils en parlent très souvent en disant si on est là, on est perdu. La première des choses, on nous arnaque, on nous bloque, on ne nous permet pas de pouvoir investir. Alors que normalement quand on est issu de la diaspora, quand on veut investir dans son pays, l’État malien devrait tout faire pour nous tendre la main, nous permettant  de nous asseoir, de  nous installer. Et de donner de l’emploi à beaucoup de jeunes, beaucoup de personnes. Mais, ici, on se retrouve livré à nous-mêmes.  Et souvent, on a à faire à des escrocs qui nous empêchent de pouvoir continuer. Parce que tu viens pour t’investir, tu te fais avoir pour une ou deux personnes, ça ne te donne plus envie de continuer.

Comment parviendrez-vous à joindre les deux bouts en cette période de tensions de trésorerie?

Ce n’est pas du tout facile. Des impayés de partout, en commençant par l’Etat même. On a  des arriérés de six mois, des fois de  huit mois, des gens qui ne paient pas des fois. On travaille  sur des contrats. Trois  à quatre mois en réclamant, on se rend compte que le client ne va payer. Et  ça me pousse des fois, malheureusement, à arrêter. Parce qu’on n’a pas le choix, on ne peut pas continuer. Ce n’est pas facile. L’agent de sécurité qui travaille et à la fin de moi il faut lui payer son argent. Car, il a des urgences familiales et il a pas mal de problèmes à résoudre. Moi, je pense que la crise est ressentie un peu partout aujourd’hui. C’est d’essayer de voir, il faut que les différents Responsables puissent vraiment faire face quand même à certaines situations pour pouvoir résoudre les problèmes. Au début, on pensait aux élections. Mais, beaucoup d’entreprises sont obligées de sceller, de fermer aujourd’hui. La pression est de partout et ce n’est pas facile.

Des conseils aux jeunes entrepreneurs ?

Il s’agit pour moi de leur dire de ne pas se décourager, de continuer à se battre parce que ce n’est pas facile. Quand je regarde toujours, je reviens en arrière, je regarde mon enfance, mon parcours, tout ce que j’ai eu dans la vie et autres, aujourd’hui je remercie le Bon Dieu de pouvoir me donner la force de continuer. Et de dire à tous ces braves jeunes d’aujourd’hui qui tentent de se défendre autrement en disant voilà, c’est difficile, je vais prendre la mer, je vais prendre le désert pour aller en Europe. Mais n’oublions pas qu’on peut tout réussir ici également. Si on a la volonté. Il faut avoir seulement le courage de continuer. Inchallaou ! Ce que moi mon entreprise, mon entourage, mes associations et mes partenaires vont faire, ce n’est qu’une goutte d’eau. Mais si tout un chacun, si chaque entrepreneur arrive à tendre la main sur le plan de formation, même d’attention vis-à-vis de certains jeunes cela permettra de créer de l’emploi. Et l’État a une part de responsabilité, une très grande part de responsabilité de voir aujourd’hui ces jeunes qui sont égarés, perdus, alors qu’ils ont besoin d’un repère. Pour avoir ce repère, il faut qu’on leur tende la main ; qu’on leur vienne en aide, qu’on essaie de les aider à sortir de cette misère qui n’est pas du tout facile. Ensemble, s’unir pour construire, çà c’est notre emblème. C’est pour dire qu’il faut que tous les jeunes s’unissent, il ne faut pas abandonner l’autre, il faut qu’on se donne la main pour pouvoir sortir de ces difficultés.

Entretien réalisé par Oumar Diakité : LE COMBAT

Rédaction

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