jeudi 23 novembre 2017
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L’exploitation de l’or au Mali : Une industrie qui ne brille pas pour tout le monde

En 2008, le Mali était le troisième plus grand producteur d’or en Afrique après l’Afrique du Sud et le Ghana. Depuis l’augmentation de la production en 2000, l’extraction de l’or a représenté la plus grande part des exportations du Mali, atteignant 70% en 2008. Le volume total de la production d’or est important. L’industrie aurifère au Mali est attrayante parce que les coûts d’exploitation des mines à ciel ouvert y sont beaucoup inférieurs que dans le reste du monde.
Au cours des dernières années, le gouvernement était très satisfait des opportunités d’investissement dans le secteur, espérant profiter de la hausse des prix de l’or pour augmenter la production et alimenter la croissance économique. A cette fin, le Mali a tenu sa troisième conférence annuelle sur les mines et le pétrole à Bamako, du 30 mars au 2 avril 2009. Ouvert par le Premier ministre Modibo Sidibé, la conférence a réuni des dizaines d’investisseurs du secteur privé, actuels et potentiels, des représentants du secteur public et des représentants des donateurs de la communauté internationale.
Le Mali possédait six mines d’or industrielles, dont deux, Sadiola et Morila représentant la majeure partie de la production du pays. Les analystes suggèrent que l’industrie minière de l’or au Mali est en déclin permanent. La baisse de la production a jusqu’à présent été compensée par la hausse des prix internationaux de l’or. Bien que la baisse de la production n’ait pas affecté les revenus du gouvernement, elle a augmenté les coûts pour les exploitants. La société, Anglogold Ashanti, a déclaré une perte d’exploitation sur deux mines pour le troisième trimestre de 2008. Afin d’atténuer ces pertes, Anglogold avait investi dans de nouvelles technologies à Sadiola. La baisse de la production a également donné une importance renouvelée aux efforts de développement de nouvelles mines, telles que celles de Randal, de Yalea et de Gara. Cependant, certains investisseurs ont eu des difficultés à lever les fonds sur les marchés financiers internationaux en raison des turbulences financières mondiales. Par exemple, Resolute Mining, en Australie, n’a pu lever que 55 millions de dollars sur les 73 millions de dollars requis pour développer la fosse Syama au Mali. Les autres sociétés minières ont également dû se tourner vers de nouveaux partenaires pour financer leurs projets. Les revenus du gouvernement malien provenant de l’industrie de l’or sont constitués de dividendes qu’il reçoit en tant qu’actionnaire dans les mines et des impôts, droits de douane et redevances versés par les sociétés minières. Le code minier de 1999, mis en œuvre en 2003, imposait aux entreprises minières un impôt sur le revenu de 35% et un impôt sur les dividendes compris entre 12,5 et 18%. Le gouvernement possédait 20% d’actions de chaque mine en 2008. Entre 1994 et 2004, le gouvernement malien a prélevé environ 337 milliards de FCFA en redevances, taxes, droits de douane et dividendes sur les mines d’or. En 2007, suite à l’explosion de la production, les revenus ont atteint 130 milliards de FCFA. Au total, le secteur minier, dont l’or est le principal produit, représente entre cinq et quinze pour cent du PIB du Mali. Le budget 2009 estimait que les revenus de l’or atteindraient 120 milliards de FCFA.
La promesse que l’or aiderait à la diversification et croissance économique suscita le scepticisme de certains observateurs qui affirmèrent que le malien moyen n’a pas profité du supposé développement. Une étude de 2006 sur les effets socio-économiques de l’extraction de l’or, commanditée par la Banque mondiale et entreprise par la société norvégienne Chr. Michelsen Institute, a fait valoir que les communautés à proximité des mines de Sadiola et Morila ont peu bénéficié de l’industrie. Un article paru dans la presse malienne à la veille de la conférence minière a déclaré que « l’or ne brille pas pour tous les Maliens », malgré le fait que les recettes publiques de l’industrie ont totalisé 130 milliards de FCFA en 2007.
En réponse à de telles critiques, le gouvernement malien indiqua qu’il établirait des partenariats public-privé utilisant les revenus miniers pour construire l’infrastructure nécessaire autour des mines et contribuer au développement des communautés. Un article paru dans l’Essor du 31 mars 2009 indiquait que le gouvernement accorderait une attention renouvelée aux habitants des environs des mines, fournissant des services tels que de l’eau potable et des cliniques médicales. L’un de ces modèles de développement a été le partenariat entre la mine de Morila, l’USAID et la commune de Sanso pour renforcer la capacité des gouvernements locaux à utiliser plus efficacement les revenus miniers.
Contrairement à son industrie minière industrielle, les mines d’or artisanales produisent en moyenne 2 tonnes par an. Elles sont mal réglementées et offrent ainsi un terrain fertile aux escroqueries. Le prix élevé de l’or sur le marché mondial et le classement du Mali en tant que troisième plus grand producteur d’Afrique avait attiré des investissements dans le secteur. La nature cyclique de l’industrie de l’or vis-à-vis des autres produits, tels que le coton, a épargné le Mali de la crise financière mondiale et compensé la baisse des recettes provenant des exportations de coton.
Le gouvernement malien a dûment tenté d’en profiter pour diversifier son économie et alimenter la croissance économique. Mais, la baisse de la production et la hausse des coûts opérationnels pourraient toutefois freiner ces efforts et laisser le Mali plus exposé à la volatilité des prix des matières premières sur le marché mondial.
Amadou O Wane INFO SEPT

Djibril Coulibaly

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