mercredi 13 décembre 2017
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L’excision n’est pas pratiquée en Arabie saoudite, le berceau de l’islam.

CABLEGATES OU LES MURMURES DE L’ONCLE SAM DE AMADOU WANE
La résistance à la lutte contre l’excision vient des leaders religieux qui enseignent erronément à leurs adeptes que la pratique est une obligation religieuse
L’excision, une pratique peu orthodoxe, est répandue dans la société malienne principalement à cause de certaines fausses idées entourant sa pratique. Bon nombre de maliens pensent que c’est un devoir religieux, quand d’autres croient à tort qu’elle serait nécessaire pour apprivoiser les désirs sexuels de la femme. Néanmoins, ces risques médicaux et psychologiques ne peuvent être sous-estimés. Cet article analyse l’effort de deux pays musulmans, la Mauritanie et l’Egypte, dans leur lutte contre l’excision.
Le 12 janvier 2010, trente-quatre des plus hautes personnalités religieuses de la Mauritanie ont publié une fatwa interdisant l’excision. Une fatwa est une décision sur un point de droit islamique donnée par une autorité reconnue. Après une étude approfondie des pratiques de l’excision, une discussion de leur impact médical, et un débat religieux, les autorités religieuses décidèrent que la pratique constitue une menace pour la santé et le bien-être des femmes, et qu’elle n’est pas une obligation religieuse. La fatwa affirma que l’excision « a été déclaré dangereuse par les experts au moment de l’acte et par la suite. Cette pratique est interdite compte tenu des dangers qu’elle comporte. » Les auteurs de la fatwa ont conclu que l’excision n’est pas mandatée par l’islam. Leur décision était fondée sur les travaux de l’expert de la charia Ibn al-Hajj.
Le secrétaire général du Forum de la Pensée Islamique et du Dialogue entre les Cultures, Dr. Cheikh Ould Zeine Limame a expliqué que le symposium qui a abouti à la fatwa était le dernier de trois symposiums organisés par le Forum. La fatwa, explique-t-il, renforça les dispositions de la loi sur la Protection de l’Enfant passée en 2005. Elle ordonne des poursuites judiciaires contre ceux qui « endommagent les organes génitaux d’une fille.» Les imams et le gouvernement considèrent l’excision comme un problème de santé publique. La loi seule a été inefficace parce que beaucoup estiment que l’excision est une obligation religieuse. Cette fatwa, selon lui, empêche certains de se cacher derrière le masque religieux. « Ceux qui pratiquent l’excision devraient savoir qu’ils seront poursuivis », a-t-il déclaré. En dépit de l’interdiction en vigueur, la pratique est encore fréquente dans certaines régions de la Mauritanie.
L’Imam Hamden Ould Tah, l’une des plus hautes autorités religieuses de la Mauritanie, déclara que pour que la fatwa et la loi soient efficaces, le gouvernement et les autorités religieuses devraient mener des campagnes nationales de sensibilisation. « La fatwa est un ordre émanant de la plus haute autorité religieuse du pays qui doit maintenant être appliquée par d’autres imams et la population », a-t-il ajouté. Le gouvernement avait envisagé d’organiser une série de séminaires d’éducation pour informer les imams et le public sur la loi et la fatwa. En Mauritanie, le soutien des chefs religieux a eu un impact positif dans le changement des mentalités. Les ONG luttant contre l’excision avaient tenté d’obtenir le soutien de la hiérarchie islamique depuis des années. Travailler avec des imams et mener des campagnes efficaces d’éducation et de santé publique au niveau régional pourraient aider à éradiquer la pratique. Mais une application efficace de la loi serait également nécessaire pour s’assurer que la loi est appliquée et que ceux qui la brisent sont tenus responsables.
Dans le cas égyptien, la première disposition légale contre l’excision fut un décret ministériel publié en 1959 après consultation avec un comité formé de médecins et de leaders religieux, y compris Mustafa Abd al-Khaliq, le Grand Mufti de l’époque. Dans l’islam, un mufti est un savant qui interprète la loi islamique, la Charia et le Fiqh. Les muftis sont des juristes qualifiés pour donner des avis juridiques faisant autorité. Ces avis sont connus sous le nom de fatwas.
Lorsque le taux d’excision atteignit un niveau alarmant, causant un grave préjudice à la santé des femmes, le Ministre égyptien de la santé publia un second décret en 1996 qui stipula : « L’excision est interdite, qu’elle soit effectuée dans un hôpital ou dans une clinique publique ou privée. La performance de l’excision n’est pas autorisée sauf dans les cas de nécessité médicale qui doivent être déterminés par le chef du département de l’hôpital et sur la recommandation du médecin du patient. »
Certains égyptiens considéraient que le décret était contraire à la loi islamique et, en tant que tel, inconstitutionnel. Ils ont alors fait appel au tribunal qui a conclu qu’un examen des opinions juridiques présentées révélait que la loi islamique ne contenait pas de jugement concluant, ni de preuve textuelle sans équivoque rendant obligatoire ou interdisant l’excision. Il s’ensuit que toutes les décisions relatives à cette question étaient présumées. Le gouvernement était alors autorisé à régler les affaires sur lesquelles aucun texte juridique non équivoque n’était trouvé dans le Coran ou la Sunna, et où il n’y avait pas de consensus scientifique.
Puisque l’excision est une procédure chirurgicale pour laquelle la loi islamique ne prévoit pas une règle la rendant obligatoire, elle ne doit pas être exécutée sauf dans le but d’un traitement médical. Le tribunal égyptien conclut que toute chirurgie, sans raison valable quelle que soit sa nature, était considérée comme haram du point de vue islamique et juridique.
Le Mali se démarque par l’un des taux d’excision les plus élevés au monde avec des effets dévastateurs sur la santé des femmes. La résistance à la lutte contre l’excision vient premièrement des leaders religieux qui enseignent erronément à leurs adeptes que la pratique est une obligation religieuse. Il convient de signaler que l’excision n’est pas pratiquée en Arabie saoudite, le berceau de l’islam. Le gouvernement pourrait s’inspirer des cas des autres pays comme le Sénégal, pour réduire le taux d’excision dans le pays. C’est une lutte de longue haleine qui prendra plusieurs années pour produire des résultats désirés. Le combat est noble.

Amadou O. Wane
Collaborateur externe,
Floride, Etats-Unis

Djibril Coulibaly

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