dimanche 22 avril 2018
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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT IBK : Au nom du lien sacré qui existe entre « Maraka » et « Maninka » ne soyez pas candidat à la présidentielle

Dans cette deuxième lettre ouverte adressée au président de la République IBK, Sekhou Sidi Diawara connu sous le nom de « Serpent », étudiant-chercheur à la Faculté des sciences politiques de Belgrade, l’invite a renoncé à un second mandat.

Excellence Monsieur le président de la République, chef de l’Etat, Selon Ivan Illich, « le prince (président de la République) est le dernier à pouvoir comprendre le sens du renoncement du pouvoir ».

Excellence, à l’instar de nombreux compatriotes, j’ai appris la nouvelle « rocambolesque » selon laquelle vous prétendrez encore vous présenter aux élections présidentielles prochaines. Après quelque temps d’observation de vos comportements et de vos intentions pour me rassurer de la véracité de la nouvelle, je me suis à nouveau imposé une autre tâche laborieuse qui va au-delà de mes compétences personnelles, en choisissant encore de m’adresser directement à votre auguste personnalité à travers une lettre ouverte.
Mais, cette fois-ci, c’est avec sens des responsabilités et empreint de gravité que je choisis de m’adresser directement à vous, au nom de millions de Maliens meurtris dans leurs chairs et dans leurs âmes par la cherté de la vie et l’insécurité grandissante caractérisées par l’absence d’une vision républicaine susceptible de garantir le minimum de service sociaux de bases.

Excellence, j’aurais bien senti dans mon âme et dans ma peau de Malien si vous me permettriez de m’adresser directement à vous sans tenir en compte des règles protocolaires, en m’autorisant de me plonger dans les traditions authentiques de notre pays dans lesquelles, l’enfant, en s’adressant à son père, l’appelle « Boua » en signe de respect.
Mais, ayant peur du niveau de certains, et vous étant l’incarnation de la première institution de mon pays, je me rabaisse aux exigences protocolaires en me ramenant au modèle éducatif familial que j’ai reçu qui m’impose le plus grand respect pour vous et pour la fonction que vous exercez. C’est pourquoi, autant que je peux, je m’efforcerai d’accorder plus d’attention à mes mots et à mon style de communications. Ainsi, loin de moi l’idée de faire offense à votre personne. Mais l’ampleur de la nouvelle et la gravité de la situation m’exigent un style de communication et un langage clair sans ambages aucun.
Mais avant tout, Excellence, permettez-moi, d’entrée de jeu, de vous remercier du fond du cœur et de vous exprimer les plus vifs et chaleureux remerciements de millions de mes semblables compatriotes pour l’action républicaine dont vous avez fait preuve lors de la période controversée du référendum en renonçant ou du moins en sursoyant au processus. J’ose croire que vous continuerez toujours d’être sensible à l’appel et au cri de cœur de votre peuple.

Excellence, se mettant toujours au service de ceux qui subissent l’histoire, et se proposant volontiers d’être porte-parole de millions de Maliens qui n’ont pas droit au bonheur de votre gouvernance, et voyant l’arbitraire empoisonner la vie sociale malienne, je me devais de vous dire la vérité dans sa beauté nue afin que, par votre sens de compréhension, l’histoire de notre pays prenne une autre direction. Cher père, je vous prie, pour le lien sacré qui existe entre « Maraka » et « Maninka », de bien vouloir écouter une autre voix ; celle de Votre fils qui ne vous flattera pas pour conserver un poste, celle qui ne vous quémandera pas un emploi, celle qui ne fera pas votre éloge car n’appartenant pas à la société de castes, mais celle qui vous dira la vérité dans toutes ses dimensions en regardant les réalités en face avec la conscience d’un chef de l’Etat qui est et sera toujours le seul et l’unique responsable devant le cataclysme de l’histoire.

Alors, cher père, écoutez cet autre son de cloche plein de vérité et de conseil du modeste élève et étudiant de l’enseignant Hadi Fofana de Koréra Koré, de Sidiki Konaté de Troungoumbé, d’Albert Coulibaly de Nioro du Sahel, du Pr. Abino Témé de Bamako et celui du Pr. Čedomir Čupić de Belgrade. « Le plus noble et meilleur soutien que l’on puisse apporter à un prince (président) est celui qui consiste à lui dire la vérité sur le regard et le sentiment que porte le peuple sur lui », Nicolas Machiavel. En parfaite symbiose avec cette maxime, votre Excellence, il me sera d’une nécessité impériale et impérieuse de commencer par le commencement.

Excellence, vous avez été élu dans des circonstances fondamentalement particulières dans l’Histoire de notre pays. Lorsqu’en 2013 vous accédiez à la magistrature suprême, nous étions autant plus heureux. Le peuple malien, dans sa grande majorité, avait cru faire le choix de celui qui défendrait chaque citoyen pour qu’il ait une vie digne, pour qu’il puisse avoir le pouvoir de résister à la cherté de la vie et de se sentir dans un environnement de paix et de sécurité afin de se coucher et de se réveiller sans les bruits de canons.
Excellence, en 2013, l’espoir porté en vous était immense. Nous avions cru faire le choix de la rupture. Rupture dans la façon de gérer les affaires d’Etat, rupture dans la façon de faire de la politique dans notre pays, rupture dans les rapports entre le politique et le peuple, et rupture qui permettra simplement la réalisation d’une petite action pour souffler un brin d’espoir dans le cœur des Maliens vis-à-vis de la politique.

Excellence, votre élection à la tête du pays nous avait donné le sentiment et la fierté d’avoir élu et donné la chance à celui qui fera changer le cours de l’Histoire, qui nous fera oublier les exploits héroïques de nos aïeux à travers l’écriture d’une nouvelle page plus rayonnante encore de l’Histoire contemporaine de notre pays. Nous avons cru comprendre que vous serez cet homme providentiel qui sauvera et fera influencer les rimes et les mélodies de nos griots tant fatigués de chanter la seule et l’unique histoire de la bravoure de nos arrières parents.

Mais, hélas…, le temps a fait son œuvre : notre surprise fut grande, et nos sacrifices ont tendance à être vains. Nous avions et continuons toujours d’assister à plus de discours que de concrets, plus de remaniements ministériels que de changements des conditions de vie du peuple, plus de déclarations d’intention que d’actions, plus d’interprétations de faits que leurs réalisations, et que sais-je encore…

Votre Excellence, si le plus noble soutien pour un président est celui qui consiste à lui dire la vérité sur l’état d’âme de son peuple, alors, je me dois de vous informer que le pauvre peuple malien, payant toujours le prix et les sacrifices ultimes d’une vie normale, mais vivant malheureusement depuis plusieurs décennies sous le poids de la misère et de la pauvreté, n’a plus d’espoir et de confiance en la politique telle qu’elle est menée dans notre pays. Le souverain peuple malien, votre Excellence, me semble-t-il être asphyxié par des promesses sans lendemain de la classe politique malienne qui l’approche seulement lorsque s’annonce la course à la magistrature suprême.

Excellence, votre règne est, pour ainsi dire, assiégé de lecture et d’interprétation qui, depuis les premiers mois de votre mandat, vous ont mis en cause. Vous n’avez pas choisi les aspirations qui fondent les solutions adaptées et idoines. Vous avez préféré hypnotiser les problèmes plutôt que de les résoudre en signant des accords dont les fondements ont mis et continueront toujours à mettre le pays dans une impasse totale. Votre Excellence, du fait de vos stratégies de réunification et de pacification du pays, le triomphe de la paix sur la crise, et celui de l’action sur la promesse, semblent être devenus et demeurent toujours pour les Maliens un long chemin à parcourir.

De sauveur à pourfendeur des valeurs et fondements de la République ?
Non ! Je me réserve d’une telle affirmation pour respect à votre statut de chef de famille et celui de chef suprême de la nation. Pourtant, nous sommes plus près du péril que nous ne l’avons jamais été. Le caractère unitaire de l’Etat est en cause depuis plus de trois ans, le pays est dans une situation de désespoir extrême, l’insécurité et le désordre règnent en maîtres partout dans le pays.

L’accord d’Alger supposé garantir le retour de la paix et de la sécurité est devenu une religion sans adeptes, sans principes et ni rites. Trop de sang a été versé durant ces quatre (4) dernières années et continue à être versés, trop d’attentats, trop d’attaques meurtrières. A côté de l’insécurité, la cherté de la vie a atteint son paroxysme, et les nuits sont devenues longues pour nos chefs de famille qui passent plus de temps à gronder et à réfléchir, pendant la nuit, que de dormir. Et le seul espoir pour les jeunes reste encore et toujours la Méditerranée ou le giron des esclavagistes libyens. Notre grande nation tant enviée et respectée dans le temps a perdu tout son poids et toute sa place dans le concert des nations unies. L’accueil du MNLA au sein du Conseil de sécurité des Nations unies sans passer par les autorités compétentes de notre pays n’en est-il pas un exemple indéniable ? Le Mali, berceau de grands empires, terre et source d’inspiration de grands hommes et de grandes civilisations, a-t-il encore d’influences et de considérations dignes de son Histoire auprès des autres nations du monde ?

Votre Excellence, il ne me paraît pas nécessaire ici de vous rappeler que le rang des veuves de nos braves soldats tombés sur les champs de bataille et d’honneur, augmente de jour en jour, et une autre génération de Maliens est en train de grandir dans les camps de réfugiés avec la haine dans le cœur pour être tombés dans l’oubliette et être abandonnés par les autorités de leur propre pays, ce qui pourrait constituer encore une autre menace pour la stabilité et la quiétude du Mali de demain.

L’Histoire, votre Excellence, me semble suivre des trajectoires qu’on ne peut plus continuer. Pour stopper sa marche et changer sa direction vers une destination propice afin de nous en sortir de cette situation, votre Excellence, il nous faut emprunter le chemin inverse en engageant une nouvelle dynamique de gouvernance à l’image du Rwanda et du Botswana pour résoudre définitivement, avec des solutions endogènes, originales et originaires, les difficiles situations économiques, sociales, sécuritaires et politiques. Et cela impose un changement de leaders et de leadership.

A ce propos, et pour toutes ces raisons ci-dessus citées et bien d’autres que je ne peux citer ici, votre Excellence, je m’autorise à vous implorer, avec la plus grande modestie et humilité possibles, pour renoncer à un deuxième mandat. En le faisant, non seulement vous aurez fait le choix de sauver votre propre pays, mais vous aurez aussi pris la plus grande et importante décision qui couronnera éternellement de succès votre parcours politique, et vous permettra de laisser votre éternelle empreinte dans l’Histoire glorieuse de notre pays.
Votre Excellence, j’ose croire que vous tiendrez compte de cette lettre rédigée avec plus de clartés et de franchises par l’un de vos fils dont le seul et l’unique souhait est de voir figurer, un jour, votre nom aux côtés des grands hommes qui ont résisté au passage du temps et de l’Histoire, qui ont révolutionné le cours de l’humanité à travers leurs exploits : Modibo Kéita, Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Sékou Touré, Patrick Lumumba, et j’en passe…
Pour y arriver, votre Excellence, vous devez plus penser à aménager votre place dans le grand vestibule du Mandingue pour constituer en sage conseillers de la nation que de nourrir encore d’autres ambitions politiques.

Espérant aborder les problèmes complexes avec un langage simple et véridique sans vous avoir offensé, et souhaitant vous voir renoncé afin de caresser le rêve de vous féliciter et de vous serrer la main un jour pour avoir compris le sens et la portée de cette lettre, je vous prie de croire, Monsieur le président, l’expression de mes sentiments les plus patriotiques.

Belgrade, le 11 mars 2018,
Sekhou Sidi Diawara alias Serpent, étudiant-chercheur à la Faculté des sciences politiques de Belgrade

Djibril Coulibaly

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