mercredi 18 juillet 2018
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LES SOURCES DE L’INSTABILITE DANS LE SAHEL (SUITE ET FIN) : Comment l’Algérie a résolu l’équation touareg à l’inverse du Mali

Abdelkrim Touhami, ancien vice-consul algérien au Niger, a déclaré que les efforts de stabilisation de la région par l’Algérie étaient en cours depuis 1962. Selon lui, la clé du problème de la violence récurrente dans le nord du Mali et du Niger est le développement. Il a fait valoir que le processus de développement doit être consultatif pour réussir. « Les gouvernements doivent demander aux habitants de ces régions ce dont ils ont besoin pour améliorer leur vie et ensuite développer une stratégie de croissance autour de ces objectifs », a-t-il expliqué. Touhami a estimé que l’expérience algérienne à cet égard est pertinente et pourrait être une opportunité pour un dialogue, mais que l’Algérie « ne pouvait pas le faire toute seule ».

Le maire de Tamanrasset, Ahmed Benmalek, a ajouté que le côté algérien de la frontière est « bien contrôlé », avec des hélicoptères, des avions et des patrouilles 4X4, ainsi que des technologies de surveillance. Il n’a pas été possible de dire la même chose du côté malien et nigérien. Contrairement à la situation dans les régions voisines de l’autre côté de la frontière, il existe une grande présence des institutions étatiques dans le sud algérien. En 2009, Tamanrasset semblait être submergée par des projets d’infrastructures, employant des équipes de travailleurs chinois 24 heures sur 24 pour construire des routes ; et un projet de 2 milliards de dollars pour construire un oléoduc de 750 kilomètres d’In Salah à Tamanrasset.

Le ministère de l’Education acheva la construction d’un campus universitaire à Tamanrasset. La construction d’une bibliothèque culturelle avait commencé pour honorer les traditions touarègues de la région. Mohamed Zounga, guide touristique touareg, a déclaré que le soutien des habitants de Tamanrasset pour le gouvernement d’Alger était presque absolu. « Pourquoi devrions-nous nous plaindre ? », a-t-il demandé, citant l’université, l’oléoduc et le projet de bibliothèque touareg, « quand à chaque fois que nous demandons quelque chose, nous l’obtenons. » Selon Nicolas Loisillon, expatrié français et résident de longue date de Tamanrasset, la sécurité du côté algérien de la frontière était due à la gestion efficace des relations tribales par l’Algérie.

Ahmed Edaber, leader des Touaregs de Kel Ahaggarnous a déclaré que bien que l’unité touareg fut fracturée par plusieurs décennies de frontières modernes découpant le Sahara, il utilise toujours ses contacts pour assister les services de sécurité algériens. Avec un téléphone satellite, il peut diffuser un message demandant des informations sur des véhicules volés, des caravanes de passeurs ou des ravisseurs, et recevoir des réponses presque instantanément, ainsi que des informations sur des incidents de sécurité dans des régions isolées du désert algérien. Le leader local touareg, Mokhtar Zounga, a déclaré que les communications par satellite avaient simplement accéléré le mode traditionnel de communication à travers le vaste désert. « Si un enfant est né au Niger aujourd’hui », a déclaré Zounga, « je le saurai demain ». Selon Edaber, les autorités algériennes comptent sur ce réseau d’information touareg traditionnel pour atteindre les communautés et sécuriser les régions frontalières. Il a dit que bien que les frontières modernes rendent difficile l’accès aux dirigeants touareg au Mali et au Niger, il a « leurs numéros de téléphone » et essaie de communiquer plus souvent avec eux, avec l’encouragement des services de sécurité algériens.

La bataille pour le contrôle du Sahara s’est intensifiée ces dernières années, avec des mouvements de personnes, d’armes et de contrebande accélérés par les Toyota Land Cruisers et les avancées dans les technologies et l’infrastructure. Plusieurs décennies de frontières postcoloniales ont brisé l’unité des Touaregs, créant une tension entre les efforts de sécurité des Etats et ceux qui, comme Kadhafi, font appel à un passé nomade glorieux. Les routes commerciales traditionnellement contrôlées par les tribus touarègues sont maintenant à la disposition d’une constellation de groupes touareg, arabes, africains et autres. Des millions d’euros de paiements de rançon, d’armements et de nouveaux projets d’infrastructures ont créé un marché dans lequel les membres des tribus du désert sont encouragés à prendre des otages et à participer au trafic de drogue et autres. Les petites cellules d’AQMI qui vivent dans le désert ne survivraient pas si les passeurs qui agissent comme leur cordon ombilical voyaient plus de possibilités ailleurs.

Parmi les groupes qui parcourent le Sahara, l’Algérie a mis son pari pour la sécurité sur les Touaregs, en s’appuyant sur une combinaison de développement économique et de relations soigneusement gérées avec des figures tribales clés. Bien que difficile à traduire dans les pays voisins ayant des situations ethniques, sécuritaires et économiques différentes, cette approche semble avoir apporté une stabilité relative au Sahara algérien.

Amadou O. Wane

Djibril Coulibaly

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