mercredi 20 mars 2019
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Les magistrats appelés à quitter les villes «dangereuses» : Une aubaine pour les terroristes

Le communiqué commun pondu par les deux syndicats de la magistrature, le week-end dernier, appelle les magistrats à se « réfugier » à Bamako ou dans les villes sécurisées. Un vide que ne manqueront pas d’exploiter les enrôleurs pour les groupes terroristes qui écument le Centre et le Nord du pays. 

Moins de 48 heures, après l’article de nos confrères du site Sahélien, annonçant la mort du Président du Tribunal de Niono, Soungalo Koné, et du Commandant de Brigade de Guiré, Mamadou Diawara, les deux centrales syndicales se sont fait entendre à travers un communiqué. Même si l’information est mise au conditionnel par le site avec le verbe «seraient morts», les juges ont jugé nécessaire de la prendre pour argent comptant. Dans le communiqué de quelques lignes, comme pour dire qu’il n’y a pas de temps à perdre, les syndicats appellent «leurs militants, se sentant en insécurité dans leurs juridictions, à rallier immédiatement Bamako ou d’autres localités plus sécurisées».

Pour expliquer cet appel, les syndicats convoquent l’exécution de l’accord intervenu entre eux et le Gouvernement au sortir de la grève des « cent jours ». Ils disent regretter la non-mise en œuvre des accords sécuritaires dont le délai de rigueur était le 15 janvier.

Timing gênant

Si les syndicats ont bel et bien le droit de rappeler au Gouvernement l’application de ses engagements, il est difficile de ne pas faire le lien entre cet appel à « fuir » et l’annonce du probable décès du Juge Soungalo Koné. Sinon comment comprendre que, depuis le 15 janvier, les syndicalistes n’ont daigné interpeller le Gouvernement jusqu’à ce que l’information sur la mort du Juge Koné soit rendue publique ?

Cet appel va certainement contribuer à diminuer l’estime des populations pour la Justice malienne qui, il faut le rappeler, doit plutôt se consacrer à redorer son blason. L’application de la peine de mort exigée ces derniers temps n’est autre qu’une défiance et une méfiance des populations vis-à-vis des décisions de la Justice.

L’argument de la non-application des accords sécuritaires pour justifier cet appel à « fuir » ne convainc que les Magistrats eux-mêmes. S’ils réclament autant leurs droits, ils ne doivent pas oublier leurs devoirs. N’est-ce pas qu’au plus fort de leur grève, une affaire de détournement de 3 milliards dans les couloirs du Ministère des Finances a été révélée par eux ? Et bien, le Peuple malien attend lui aussi son droit qui est celui de faire la lumière sur cette «affaire». À quoi a droit une corporation qui réclame ses droits tout en refusant de s’acquitter de ses devoirs qui plus est vis-à-vis de tout un Peuple ?

De toutes les façons, ils se savent en position de force. Le temps où le Gouvernement décidait de couper leurs salaires (octobre dernier) semble appartenir au siècle dernier.

Face à la levée de bouclier des Religieux, les nouvelles alliances tissées par le RPM, la nouvelle stratégie adoptée par le Président de la République vis-à-vis de l’opposition et de ses premiers soutiens, Soumeylou Boubèye Maïga et son Gouvernement sont plus préoccupés par leur avenir immédiat. Inconcevable, donc, pour eux de se mettre à dos les Magistrats.

Pauvres maliens

La semaine dernière, la presse saluait dans son écrasante majorité le retour des forces armées maliennes à Andraboukane après sept longues années d’absence. Et aujourd’hui ce sont d’autres populations qui vont voir partir des Magistrats dont la seule présence à leurs côtés suffisait pour se rassurer que l’État ne les avait pas abandonnés.  Face au discours terroriste basé sur l’incapacité de l’État central à améliorer les conditions de vie de ses citoyens, qu’est-ce qui peut bien empêcher ces populations délaissées d’être enrôlées quand, autour d’elles, il n’y a ni armée ni justice, les premiers symboles forts d’un État régalien.

Et pendant ce temps, la société civile, ce tas de « politiciens encagoulés », pour reprendre un politique sénégalais, se complait dans son mutisme assourdissant et dans sa relation incestueuse avec les tenants du pouvoir au détriment de ceux et celles qu’elle doit représenter.

Mohamed Sangoulé DAGNOKO : LE COMBAT

Rédaction

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