samedi 15 décembre 2018
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Gilets jaunes: «Tous essaient de surfer sur la vague, mais chacun a du mal»

Samedi 1er décembre se jouait l’acte 3 de la mobilisation des « gilets jaunes », en France. Si la plupart des rassemblements se sont déroulés dans le calme et de manière pacifique, Paris notamment a vécu des scènes d’affrontements avec les forces de l’ordre et des dégradations. Ce mouvement sans tête, né sur les réseaux sociaux pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant, inquiète l’exécutif, qui se réunit ce dimanche 2 décembre. Quelles réponses apporter à ces manifestants ? Avec qui dialoguer ? Décryptage avec Arnaud Mercier, professeur en information-communication à l’Institut français de presse.

RFI : Arnaud Mercier, il y a un paradoxe entre les chiffres officiels, qui parlent d’une mobilisation en baisse hier, par rapport à la semaine dernière qui, déjà, était en recul par rapport à la semaine précédente, et « en même temps », pour reprendre une formule élyséenne, on a le sentiment d’un mouvement qui prend de l’ampleur, d’une pression qui s’accentue.

Arnaud Mercier : Oui, je crois que ce n’est qu’un paradoxe apparent. Ce n’est pas parce qu’il y a un peu moins de gens sur chacun des ronds-points que cela signifie qu’il n’y a pas, par exemple, une rotation entre les gens qui viennent sur les points de manifestation. C’est-à-dire qu’à la première mobilisation, tout le monde est sorti en même temps. Et maintenant, on voit bien que les gens s’organisent pour ne pas être toujours mobilisés.

D’autre part, effectivement, on voit bien qu’il y a une forme de radicalisation d’une partie des gilets jaunes. Parce qu’il n’y avait pas que des casseurs, c’est la grosse différente avec la dernière fois ; cette fois-ci, il y avait aussi des gilets jaunes dits pacifistes, qui en fait trouvaient des tas de bonnes raisons pour justifier cette expression de la colère, via la violence. Donc, il y a bien une forme de radicalisation chez un certain nombre de gilets jaunes, c’est une évidence.

Justement, notre journaliste, hier, était au niveau de l’Arc de Triomphe. Il a pu assister au face-à-face entre les manifestants qui voulaient en découdre, et ceux qu’on qualifierait plutôt de pacifistes. Une distinction que les CRS, eux, n’ont pas vraiment faite. La réponse sécuritaire était-elle à la hauteur, et surtout, est-elle la bonne ?

On voit bien que les forces de sécurité ont énormément de problèmes à gérer. Et donc, le ministre de l’Intérieur aussi, évidemment, en est responsable. Mais c’est quand même d’abord une activité professionnelle ; ils sont débordés parce qu’il y a de la violence. Il y a des casseurs qui s’infiltrent, bien sûr, mais aussi parce que, dans l’ordre républicain traditionnel, il y a la demande d’une organisation par les mouvements qui mobilisent, par les mouvements qui défilent, de façon à négocier les trajets, ceci, cela…

D’ailleurs, les mouvements qui défilent ont leur propre service d’ordre de façon à réguler les choses. Et là, comme il n’y a pas d’interlocuteur, il n’y a pas de service d’ordre. Effectivement, il y a un gros, gros problème. Et comme les casseurs s’infiltrent au milieu de tout cela, et que maintenant certains gilets jaunes commencent à soutenir plus ou moins, un peu, les casseurs, en trouvant que, finalement, c’est une colère légitime, eh bien effectivement, ça patauge beaucoup.

Mais est-ce que cette mobilisation policière, le fait que ceux qui voulaient manifester pacifiquement se retrouvent parfois encerclés par les CRS à recevoir des gaz lacrymogènes, n’a pas aussi radicalisé une partie des manifestants qui ne l’étaient pas au départ ?

Oui, il y a sans doute des erreurs, effectivement, de gestion, qui font que certaines personnes ne comprennent pas pourquoi ils sont pris pour cible, alors qu’ils n’avaient rien à se reprocher a priori. Mais du point de vue de la police, si on adopte leur point de vue, il y avait l’idée que vous pouvez manifester librement sur les Champs-Elysées, dès lors que vous acceptez qu’on contrôle vos sacs et vos cartes d’identité. Donc, ils ont considéré que toute personne qui ne se rendait pas sur les Champs-Elysées était potentiellement quelqu’un qui pouvait être radical. Il y a effectivement une impasse.
roi

Djibril Coulibaly

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