samedi 25 novembre 2017
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Espace public malien inanimé : On arrive à regretter le mouvement Yéréwolo ton

Depuis l’avènement de la démocratie en 1991 suite au renversement du régime dictatorial du Général Moussa Traoré, le Mali est dans l’ère du multipartisme intégral. Ce qui a donné lieu à la création d’une façon effrénée de partis politiques (plus 120) qui vont occuper l’espace public. A noter que la plus part de ces partis étaient des groupes, des clans et même souvent des associations qui, dans l’euphorie de l’après dictature et dans un contexte favorable à la création de toutes sortes de mouvements et formations politiques, se sont procurés des récépissés.

 

L’espace public qui a demeuré en jachère durant les 23 ans de règne du Général-Président Moussa Traoré reprenait vite avec le renversement de ce dernier. La liberté de se mouvoir, de s’exprimer, de se réunir avec leur corollaire de contestations et de manifestations contre le pouvoir vont se multiplier. Ce qui a abouti au boycotte par les partis politiques des élections présidentielles de 97, où le Président d’alors Alpha Oumar Konaré est allé avec un seul adversaire aux élections (feu Mamadou Maribatourou Diaby) qui était plus tôt là pour la figuration. Elu sans problème, les contestations ne faibliront pas jusqu’à son départ du pouvoir en 2002. Il a été succédé par le Président déchu Amadou Toumani Touré qui, rappelons le, avait été celui qui a permis au renversement du régime du dictateur Moussa Traoré.

Son régime, durant dix ans, va être marqué par ce qu’on a appelé « le consensus », qui a regroupé presque tous les partis et sensibilités politiques du pays à l’époque et les a tous impliqué dans la gestion du pouvoir.

Du coup, l’espace public, faute d’opposition et de société civile relativement faible et mal organisée, sera en léthargie, jusqu’au coup d’Etat militaire survenu le 22 mars 2012, fomenté par le Capitaine Amadou Haya Sanogo et ses hommes du camp militaire de Kati. Un coup d’Etat qui va plonger le pays dans une situation des plus confuses.

Au moment où les Régions du nord Mali (Gao, Tombouctou et Kidal), tombaient aux mains des islamistes, les fondements de la démocratie malienne (les Institutions de la République, l’Etat de droit, etc.,) s’effondraient comme des châteaux de cartes.

C’est alors qu’on assista à l’émergence de nouveaux acteurs politiques autres que les partis qui vont désormais se positionner et influencer de façon significative la nouvelle marche du pays. Parmi ces nouveaux acteurs, il y a un qui a réellement pesé sur le cours de l’Histoire des choses ; il s’agit du mouvement Yèrèwoloton (le regroupement des dignes fils). Si, au départ, cette appellation a choqué biens de Maliens, cela ne leur a pas pour autant empêché de le garder et de se réclamer d’un digne fils du Mali ; contrairement aux politiques qui, selon eux, par leur passivité et manque de poigne, ont replongé le pays dans la situation qu’il vivaient.

Dirigé par Boubacar Boré, ce regroupement constitué de personnes de la classe moyenne de notre société (vendeurs de pièces de rechanges, de réparateurs d’engins, de chauffeurs et commerçants, etc.), est né de façon spontanée.

Jours après jours, suite aux échos faits par la presse des actions de ce mouvement, qu’il faut le rappeler, pour se signaler a, au lendemain du coup d’Etat, assiégé la devanture de l’Assemblée Nationale interdisant tout accès aux Honorables Députés.

Leur procédé consistait aussi à donner la parole à tout passant, toute personne désireuse de s’exprimer de prendre la parole et de dire haut et fort ce qu’il pensait du défunt régime d’ATT et de ce qu’il voulait pour son pays. Les médias, donc face à cette manifestation de type nouveau, ne pouvaient que faire une large diffusion de ce mouvement qui, par la suite, verra ses rangs grossir de plus en plus.

Dans la foulée, le Capitaine Sanogo, sous la menace d’un embargo brandit par les Etats membres de la CEDEAO et de la Communauté internationale, accepte un retour à l’ordre constitutionnel qui fera du Professeur Dioncounda Traoré, alors Président de l’Assemblée Nationale, le Président par intérim ; donc, conformément à la Constitution.

Suite à l’agression sur la personne de Dioncounda Traoré, les Responsables de ce mouvement au même titre que d’autres seront arrêtés et condamnés à six mois juste de prison avec sursis.

Donc, ces condamnations n’ont en rien diminué l’ampleur des mouvements actions menées par ces derniers qui iront jusqu’à demander au Président de son retour de soins de la France de démissionner , compte tenu de la fin de la période transitoire. Un mouvement qui fut durement réprimé.

Fort de son rôle de veille et d’action, ce mouvement a toujours été un des acteur clés des manifestations populaires sur le terrain, dans la mesure où, pour toutes décisions qui faisaient l’objet de consultations, il était convoqué. Ce mouvement a aussi permis à nombre de Maliens de s’exprimer aussi librement qu’ils le souhaitaient sans être inquiétés et départis de toute idée d’esprit de cours dont s’étaient accommodés les Maliens.

L’opinion majoritaire qui faisait croire que tout allait pour le mieux en faisant passer le Mali pour une démocratie modèle, s’est plutôt révélée l’opinion majoritaire et non unanime, entrainant les autres opinions dans ce qu’on a appelé l’effet bande WAGON.

C’est un mouvement qui   veillait à la bonne conduite de la période de crise et aussi à la bonne marche de l’élection présidentielle.

Ce mouvement qui se fait aujourd’hui de plus en plus discret a laissé la place aux associations et autres partis politiques de l’opposition devenus de nos jours les principaux animateurs de l’espace public. Même si ses actions étaient contestées par bon nombre de Maliens, il faut reconnaitre que la liberté de parole que le mouvement Yèrèwoloton donnait aux Maliens lambda peine à être assumée et par la société civile et les partis politiques sur la grave situation que traverse actuellement notre pays.

Mohamed Dagnoko : LE COMBAT

COULIBALY

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