samedi 15 décembre 2018
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Discours du Président Ibrahim Boubacar Keita

Mes chers compatriotes, maliens de l’intérieur et de l’extérieur
Amis et hôtes du Mali,

Une année s’achève. Une nouvelle s’offre à nous, individuellement, en tant que citoyens, et collectivement, en tant que nation. Ce moment est, à la fois, celui d’un bilan personnel et collectif, mais, aussi, celui d’une projection ferme et déterminée, vers l’avenir, car nos progrès, en tant qu’individus, ne doivent jamais s’arrêter, tout comme notre évolution, en tant que nation, doit être toujours plus grande, toujours plus enthousiaste, toujours plus flamboyante.
J’ai foi en notre destinée commune, en tant que nation, et n’ai point besoin de vous dire, ici, que chaque seconde de ma vie est consacrée à la mission que vous m’avez confiée. Je ne vis que pour le Mali et, avec humilité, je suis fier de vous servir.

Mes chers compatriotes,
En ces temps modernes, où plus rien, dans la vie des nations, n’échappe aux peuples, les citoyens ont, quotidiennement, le loisir de juger ce que leurs dirigeants apportent au rayonnement de leur pays. Je sais donc compter sur la perspicacité de chaque Malien pour, par son propre jugement, apprécier si notre patrie inspire ou non le respect aux autres Etats. Vous avez, en vos mains, tous les éléments, pour apprécier si les Etats qui comptent sur cette planète portent, ou pas, de l’intérêt au Mali. Bref, vous savez apprécier si votre drapeau national est respecté ou quelconque, parmi les autres.

A l’aube de l’année nouvelle, je voudrais vous inviter à vous appuyer, tous, sur le respect que nous inspirons, en tant que nation, pour, chacun, dans son domaine, chacun, là où il est, à se demander ce qu’il peut faire, pour que notre prestige, en tant que citoyens de ce pays, grandisse encore et encore. Tel est mon vœu le plus cher, pour la patrie, pour l’année qui vient.

Mes chers compatriotes,
En cette circonstance solennelle, je voudrais aussi vous dire, ici, que je n’ai jamais parié contre cette nation, et j’invite tous ceux qui aspirent à cet exaltant privilège de ne jamais miser contre ce peuple, car ceux qui le font perdront à coup sûr !

Oh ! je puis comprendre que, pour certains, l’intérêt individuel, de temps à autre, prenne le pas sur l’intérêt général. Mais, de grâce, jamais l’intérêt personnel ne doit s’ériger contre celui de la nation ! Car nos bonheurs individuels n’ont de sens que s’ils s’inscrivent dans une prospérité collective. Je peux comprendre, – et même accepter – que pour certains, en politique, la conquête de positions personnelles implique qu’ils soient en permanence en train de se battre pour eux et pour eux seuls, en permanence en campagne électorale.

Mais il est vain, le progrès personnel, qui se conçoit contre l’intérêt général. Elle est sans issue, la quête personnelle, qui se fonde sur le dénigrement de la nation, la maison commune ! C’est un mauvais calcul que de dénigrer la patrie, en croyant nuire le seul gardien du temple. Et quiconque aspire à voir, un jour, ce peuple lui confier sa destinée, doit apprendre à vénérer la patrie. Car, rien, du mal que l’on puisse faire à cette grande nation, ne demeure sans conséquence.
Mes chers compatriotes,
Chacun de nous, là où il est, devrait donc considérer comme un devoir sacré la mission d’élever la nation, de la sublimer. C’est à cette prise de conscience qu’à l’aube de l’année nouvelle, je nous invite tous.

Il ne s’agit pas d’oublier, ou même d’ignorer les difficultés, les manques ou les insuffisances. Au contraire, nous devons en apprécier la difficulté, et y faire face avec constance et détermination. Le temps vient toujours, où chacun de nous doit dire si la part de la nation qui lui a été confiée est en moins bien ou meilleur état que ce qui prévalait, au moment où il en a pris possession. Gare à l’imposteur, qui voudrait faire croire qu’il aurait fait mieux, s’il avait eu du peuple, un mandat qu’il n’a pas reçu. Chacun peut toujours s’inventer des qualités qu’il n’a encore jamais montrées nulle part, tant il est facile, lorsque les autres en sont encore à suer à la tâche, d’apparaître dans sa tenue immaculée, pour décerner des notes fantaisistes.
A mon niveau, je suis à la tâche, je travaille, et j’assume parfaitement la difficulté d’hériter d’un pays que certains avaient plongé dans le chaos et voulaient détruire.

Mes chers compatriotes,
Après les délibérations libres de la représentation nationale, j’ai ouvert les bras à notre ancien président, pour qu’il regagne la patrie, parce que je sais qu’il n’y a rien de plus douloureux que d’enlever à quelqu’un sa terre natale, la patrie qu’il chérie, autant que nous.

Le terrorisme, parlons-en ! Chaque soir, je m’endors dans la hantise de ce que nous réserve le lendemain. Certes, le terrorisme, aujourd’hui, frappe partout. Mais nous, qu’avons-nous fait pour mériter de devoir consacrer le peu que nécessitait le développement de notre pays, à lutter contre cette calamité ? Je ferai silence, sur ceux des nôtres qui poussent l’imposture jusqu’à faire croire qu’ils auraient le remède que certains pays disposant de moyens militaires conséquents n’ont trouvé pour enrayer ce fléau.

Nous nous battons contre le terrorisme, en espérant chaque jour ne pas être poignardés dans le dos, y compris jusque dans les terres les plus insoupçonnées de notre vaste et beau territoire national. Et, chaque fois que tombe un soldat de notre armée nationale ou ceux des nations étrangères venus à notre secours, je me torture la mémoire, des jours durant, à imaginer tout ce que nous aurions pu faire, à cet endroit précis, pour prévenir le fléau, jusqu’à ce qu’il nous tombe dessus, ailleurs.

Mais nous avons, aussi, la lucidité de ne jamais oublier que le fléau auquel nous sommes confrontés est une armée invisible, dont les membres se cachent parfois parmi nous, dans nos propres ruelles, dans la maison d’à côté. D’où la nécessité d’être vigilants, pour ne pas avoir à regretter d’avoir oublié de signaler des allées et venues suspectes, sous nos yeux. Vous ne pouvez imaginer à quel point sont tenaces, les remords, lorsque, après un attentat terroriste, l’on se rend compte que l’on aurait pu aider à épargner cinq, vingt, cinquante vies !

Je ne vous invite pas à trahir vos familles, non ! Je vous invite à protéger la nation, tout le peuple de ce pays. Nos enfants égarés doivent – peuvent – être sauvés de cette perdition qui met leurs propres vies en danger. Aidez-les ! Aidez-nous ! Aidez la nation, je vous en conjure !

Est-on, après tout, moins coupable que les poseurs de bombes, lorsque l’on sait, et que l’on n’a rien fait ? Dans certains pays affectés par le terrorisme, justement, l’on a coutume de dire que les personnes qui savent et ont laissé faire feraient tout aussi bien d’aller elles-mêmes poser les bombes. Car dénoncer un acte de terrorisme qui se prépare, attirer l’attention des autorités sur les agissements d’une personne qui se laisse entraîner vers des aventures criminelles n’est tout juste qu’un devoir citoyen. Si vous n’êtes pas touché personnellement, si aucun membre de votre famille n’a encore jamais été victime d’un acte de terrorisme, c’est que vous êtes tout simplement chanceux. Car, au regard de l’aveuglement de ces tueurs froids, chaque citoyen de ce pays, chaque personne vivant dans ce pays peut, un jour ou l’autre, se retrouver sous leurs bombes ou près de leurs engins explosifs.

Mes chers compatriotes,
La paix s’instaure au prix d’une indispensable montée en efficacité de nos forces armées et de sécurité. Mais elle ne se maintiendra et ne se fortifiera que si se renforce aussi l’entente nationale. En effet, aucune crise de l’ampleur et de la complexité de celle que nous affrontons ne se résorbe à travers des solutions purement sécuritaires.

Il nous faut avoir le courage d’analyser en toute lucidité les anomalies qui ont dégénéré en affrontements au point de multiplier les brasiers locaux sur le territoire national. Il nous faut aussi nous armer d’objectivité pour comprendre comment certains antagonismes ont prospéré jusqu’à mettre à mal des cohabitations multiséculaires. Il nous faut enfin puiser en nous-mêmes la force de forger les compromis qui feront taire les discordes et apaiseront l’agitation.

Je voudrais à cet égard évoquer les conclusions de la Conférence d’Entente Nationale (CEN) qui s’est tenue en mars-avril de cette année. Conformément au vœu exprimé à l’ouverture des travaux par son Président, notre estimé aîné Baba Akhib Haïdara, la Conférence a eu aussi bien le courage de poser le juste diagnostic sur la situation de notre pays que l’audace de proposer des solutions idoines.

C’est ainsi que la Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale, issue des conclusions de la CEN, reconnaît les causes profondes des crises qui ont ébranlé la République du Mali tout au long de son histoire. Partant de ce constat, elle dégage des mesures pour consolider la paix, reconstruire l’unité nationale et conforter la réconciliation nationale.

Concernant le dernier point, la Charte propose des mesures spéciales de cessation de poursuite ou d’amnistie en faveur de certains acteurs de la rébellion armée de 2012. Suivant ces recommandations, je ferai initier dans les semaines qui viennent un projet de loi sur l’Entente nationale. Ce texte proposera notamment :

– l’exonération de poursuites de tous ceux impliqués dans une rébellion armée, mais qui n’ont pas de sang sur les mains ;
– des mesures d’apaisement après l’accélération des procédures en cours et les réparations accordées aux victimes reconnues ;
– un programme de réinsertion pour tous ceux qui déposeront les armes et s’engageront publiquement à renoncer à la violence.

Mes chers compatriotes,
Je voudrais être bien compris. Le projet de loi ne constitue ni une prime à l’impunité, ni un aveu de faiblesse. Encore moins un déni du droit des victimes à se voir rendre justice. Il s’appuie sur les vertus du pardon, tel que celui-ci est pratiqué dans nos diverses communautés. Il offre une possibilité de réinsertion à ceux qui se sont laissés entrainer dans la contestation armée, mais qui n’ont pas commis l’inacceptable et qui manifestent un repentir sincère.

Le projet de loi sera d’ailleurs très précis dans la description de types de situation qui seront examinés. Il sera tout aussi explicite concernant les traitements qui seront appliqués.

Je tiens à préciser que le projet de loi sur l’entente nationale ne sera pas dans son esprit une innovation spécifiquement malienne. Plusieurs Etats de par le monde ont pratiqué une démarche similaire dans les situations de conflit ou de post conflit.
Mes chers compatriotes,
L’année 2018 est perçue par beaucoup comme celle de toutes les alertes. Car elle abritera trois grandes consultations électorales, chacune portant en elle sa charge d’incertitudes et de tensions. Il me paraît d’une extrême importance de mettre fin à certaines supputations. Je donne ici l’assurance que toutes les élections et – plus particulièrement la présidentielle et les législatives – se tiendront dans le respect des délais constitutionnels. Le Gouvernement a reçu instruction de développer toutes les actions nécessaires pour que les citoyens maliens puissent accomplir leur devoir civique en toute quiétude.
Mes chers compatriotes,
Concernant les échéances électorales qui nous attendent, je voudrais adresser deux appels. Le premier va à toutes les bonnes volontés de notre pays de quelque bord qu’elles soient pour qu’elles joignent leurs efforts à ceux de l’Etat afin qu’ensemble nous réussissions des consultations transparentes et apaisées. Le challenge qui nous attend est de taille. Aucune énergie, aucune intelligence n’est donc de trop pour l’emporter.
Mon second appel concerne des citoyens que j’ai croisés lors de mes déplacements à travers notre pays et à l’extérieur de notre pays. Des citoyens aux talents indéniables et au patriotisme avéré.
Mais des citoyens qui se tiennent sur la réserve et hésitent à s’engager dans l’action publique. Je peux comprendre leur retenue. Mais à eux également je soulignerai que la complexité de la conjoncture actuelle exige qu’une citoyenneté nouvelle soit cultivée. Une citoyenneté qui amène à s’engager pour sa cité, pour son terroir, pour son pays.

J’invite particulièrement nos compatriotes de l’extérieur à poursuivre leurs actions pour le développement du pays et à renforcer leur engagement pour la consolidation de la paix et de la réconciliation dans notre pays.
Mes chers compatriotes,

L’année que nous allons entamer dans quelques heures sera à bien des égards cruciale. Si nous relevons les défis qui nous y attendent – et nous le ferons avec la Grâce du Tout Puissant -, nous aurons franchi des étapes décisives dans la reconstruction d’un Mali uni, prospère et solidaire. D’un Mali qui maitrise son avenir. D’un Mali redevable à son peuple pour l’inaltérable résilience que celui-ci a démontrée.

Mes chers compatriotes, maliens de l’intérieur et de l’extérieur
Amis et hôtes du Mali,

Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2018.
Qu’Allah le Tout Puissant bénisse notre terre malienne.
Vive la République.
Vive le Mali.

COULIBALY

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