samedi 25 novembre 2017
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Contribution : Recadrer le débat et le CFA sans dégâts

Le franc CFA, cette monnaie des Comptoirs Français d’Afrique, progressivement érigée en monnaie de la Coopération Financière pour l’Afrique du Centre, et monnaie de la Communauté Financière Africaine pour l’Ouest africain,  après un court siècle de loyaux services accompagnés de sévices princiers, pose, dans sa conception de base et dans les temps présents d’émancipation des peuples, un vrai problème de conscience, à la fois psychologique, moral, culturel, économique, identitaire et institutionnel, le tout se déclinant en une  série de questions fondamentales pour une seule et même réponse. L’unique réponse procède de l’élan panafricaniste aujourd’hui réchauffé, qui suscite, formate et précise toute la problématique actuelle de l’indépendance et du développement, nécessitant plus que jamais, cette cohésion des Etats concernés,  appelés à se libérer.
Ce qu’il faut libérer aujourd’hui et maintenant c’est cette monnaie qui nous lie et nous unit à l’horizontal, nous  assujettit et nous tient à la verticale.
Il n’est que grand temps. En effet, la France doit passer la main. Dans le système monétaire CFA, dont elle est l’initiatrice, elle est aujourd’hui le partenaire fustigé à tort et à raison, jugé ‘’prédateur’’ dans des milieux enivrés par l’antisystème, un frein  au nécessaire processus de construction de l’Afrique nouvelle en marche.  Oui, il faut sortir la France du CFA et entamer les vrais débats constructifs.

Cette libération se fera au bénéfice d’une amitié façonnée par l’Histoire et corrigera  les relations asymétriques qui en découlèrent.  Chaque partie en sortira gagnante ; les considérations réciproques n’en seront que plus sincères et sans doute plus intenses, et les gains économiques mieux partagés.  Il en résultera aussi deux légitimes fiertés, celle d’avoir exporté plus que la ‘’civilisation’’ et façonné des Etats entièrement responsables  d’un côté, et de l’autre,  l’immense satisfaction d’avoir pu tenir tête et d’être sorti enfin de l’adolescence.

Cette monnaie est la nôtre et sa force ne saurait indéfiniment  reposer sur un appui virtuel, moral, et colonial, même amical.

La force d’une monnaie réside dans le poids de l’économie qu’elle anime, dans sa puissance exportatrice et dans cette solide confiance assise sur le sérieux reconnu dans sa gestion. Mettons donc à l’épreuve notre sérieux. Prenons en main les commandes de pilotage après plus d’un demi-siècle de mise en route sous assistance.

Le sérieux naît de la libération psychologique qui secouera le tocsin et conduira vers la délivrance, la vraie. Tout atermoiement autre que le résultat d’une cadence prudentielle serait pusillanimité répréhensible, voire forfaiture condamnable.  Il faut se libérer courageusement et avec intelligence, sans se détruire.

Se détruire, c’est aller chacun de son côté avec la monnaie de sa souveraineté. C’est disloquer l’Union existante, sous pression de la vague anti-CFA en cours. C’est casser les constructions solides assises au bénéfice des peuples, et opter pour un retour case départ, a la grande joie des adeptes de la recolonisation.

Cette monnaie est la nôtre ! Nous l’avons bien compris  sans jamais  oser sauter le pas.  Sans le clamer où il le faut et comme il le faut et couper le cordon ombilical ! Peur d’être rudoyés ? Soumis,  médusés et terrorisés  par le vécu qui veut consacrer l’intangibilité du système en vigueur contre vents et marées ? Un crime de lèse majesté ? Autant de raisons suffisantes pour fuir la couardise, et qu’ensemble,  il n’y ait qu’un seul mot d’ordre : internaliser la monnaie ouest-africaine dans notre système de coopération, et redéfinir la nature et le cadre des rapports avec le partenaire historique.

Le cadre et le système actuels comportent bien des imperfections dont la persistance explique sans la justifier, toute l’agitation en cours. Les tares du système, psychologique et purement économique, sont connus et sont décriées avec constance et maintenant avec insistance. La correction doit être, une fois pour toutes, drastique, au risque d’entretenir une tension récurrente et destructrice.

Du syndrome de Stockholm à la rupture du cordon

Les anciennes colonies, c’est un fait,  avaient fini par se découvrir des affinités  sincères et bien vivantes avec le ‘’geôlier’’ commun, avant d’être  purement et simplement ses admirateurs impénitents, éblouis de lumière ; des captifs sous syndrome, des sujets fiers et heureux d’être ses sujets. C’est une tautologie que de le dire : chacun de nous aspire ou a aspiré un temps ou  longtemps,  à se sentir le plus francisé possible en mode de vie, en modélisé  culturel, allant du look  vestimentaire, et même  au couvert de la table à manger ; de la construction de phrase la plus sophistiquée dans la langue de Molière, a’ la possession ostentatoire du billet métropolitain, le F.F. et maintenant l’Euro. L’identité s’est ainsi évanouie. La souveraineté s’est enfouie.

Mais l’anéantissement culturel ne doit pas se parachever. Le moment de se ressaisir a sonné: décoloniser maintenant notre monnaie, et conserver ce trophée d’une lutte de libération âprement, amicalement et patiemment menée d’un millénaire à l’autre.

Le CFA  est un trophée à redorer au nom du rééquilibrage réclamé par la conscience. L’indépendance, il fallait l’arracher pour s’affirmer sans revendiquer ni quémander. Nous n’en avions peut-être pas tous les moyens.
Aujourd’hui, l’indépendance doit s’affirmer ou rester enterrée a jamais dans une fausse ou apparente assimilation.

Les moyens sont là, c’est la cohésion des Etats, c’est l’expérience capitalisée, c’est l’ensemble des relations économiques tissées a travers la planète, c’est la force de nos économies mises ensemble, c’est la compétence avérée de nos cadres, c’est le courage politique a imposer a la classe dirigeante, par les peuples debout, c’est la taille du marché ouest africain, c’est la volonté de contrôler les ressources des sols et sous-sols, c’est la soif de se réaliser, c’est le besoin de liberté, c’est le dynamisme et la créativité de la jeunesse, c’est la nécessite absolue d’épouser son époque.
De l’Indépendance octroyée à la Souveraineté arrachée
Nous avons raté l’entrée en scène dans les années de libération.
Nos jeunes Etats, impatients de se retrouver fièrement sur la scène internationale,  dans la frénésie d’une naissance tant désirée,  n’ont pas tenu suffisamment compte des pièges qui pouvaient les embarquer. L’apprentissage d’un métier aussi complexe et délicat comporte nécessairement des phases transitoires qui peuvent se compter en décennies.
Dans une dernière manifestation de résistance à l’occupation étrangère, le Mali indépendant créa sa monnaie souveraine et nationale. Quelques années d’une sournoise  attaque en règle, suffiront  pour mettre en péril la courageuse tentative de ce pays de l’hinterland, très fragilisé par le manque d’accès côtier.

Aujourd’hui, l’heure du bilan impose tous les réajustements nécessaires. Dans cette marche, au pas de charge, pour le développement économique, le sens des ajustements implique d’abord la libération psychologique.
Raisonnons à l’absurde. Tous, ensemble, abandonnons le CFA. C’est juste un tonnage de papiers qui passera au pilon. Et il nous faut des billets pour  échanger entre nous, assurer nos paiements, établir les comptes. Nous avons déjà entre nos mains ces papiers monnaies que d’aucuns, avec raison, jugent impurs. Purifions notre monnaie en nos mains et ne nous laissons pas emporter par une diversion destinée à déconstruire.  L’édifice UEMOA, perfectible de toute évidence, est  un pas de géant en faveur de l’intégration des peuples.

Comment réaliser cette purification ?Au départ du processus il y aura des assises marquées du sceau d’une solennité maximale a’ l’échelle planétaire, quand huit Etats très confiants   voudront payer un tribut de reconnaissance et exprimer des remerciements sincères et des éloges mérités a un pays allié et ami, a travers tous ses pouvoirs exécutif, législatif, monétaire, financier et budgétaire pour la garantie apportée a la monnaie commune ouest-africaine pendant plus d’un demi siècle. En présence de tout le gratin de la finance mondiale, et  des institutions internationales, ainsi que des Etats venus des cinq continents,  l’annonce sera faite d’un délai de six mois par exemple  pour le passage du témoin.

Ce délai sera consacré à des prises de décisions finales concernant :
•La définition de la monnaie commune. Quelle sera sa référence, son poids, son ancrage ;

  • Le  nom de baptême;
  • Le maintien des signes ou le choix de signes nouveaux?
    •Où loger les réserves: en zone euro, en zone dollar?
  • Où assurer l’impression;
  • Comment évaluer pertes et gains antérieurs s’il y a lieu ?
  • Quel espace couvrir (en tenant compte de la perspective CEDEAO) : zone UEMOA seule, ou avec l’Afrique centrale;
  • Comment entretenir le  partenariat historique ?

1  La définition

Hier toute monnaie voulait se définir par un poids en métal, seule valeur sûre véritablement ancrée dans l’esprit homo-economicus. Depuis 1973-76, la flottaison des monnaies consacre la démonétisation de tout métal, et l’or  redevient pure marchandise, quoique référence incontournable ancrée dans les esprits, sur les marchés et dans les coffres des banques centrales. Dans ce contexte où la valeur de chaque monnaie varie d’un jour à l’autre, les pays ont  différemment réagi dans la redéfinition légale de la monnaie nationale. Pour le Liban par exemple, la lire est définie par rapport au dollar américain : une lire égale un dollar.

Ici le CFA ouest-africain libéré, doit être défini en le surévaluant. C’est une option pour favoriser l’accès aux biens d’équipement  indispensables   à la constitution d’un tissu économique devant relever enfin le volume et la nature des échanges intra-UEMOA, et sortir du  confinement de nos pays à des réserves de minerais et réservoirs de produits  primaires, café, coton, cacao, etc.

Cette réévaluation sera techniquement possible dès lors que la contrainte du ratio au compte d’opération ne pèsera plus.
Si la définition doit se faire par référence a’ l’euro ou au dollar, lesquels s’acheminent vers la parité, un taux de l’euro a’ cinq cents Francs, correspondant a une réévaluation de près de 25 % pourra pénaliser un temps les producteurs ruraux. Le cours de leurs biens soumis à la cotation mondiale,  n’est pas lié aux prix internes, mais la traduction en monnaie nationale des recettes d’exportation va chuter. En outre, le dollar ou l’euro bon marché  peut favoriser les fuites de capitaux sans des garde-fous rigides. Mais ces incidences  peuvent se corriger par des politiques de soutien à la production, et de contrôle des circuits financiers
Les importations de biens industriels et d’équipements pourront, enfin, ouvrir un chemin sûr à la véritable industrialisation de la zone et par effet mécanique, ‘’redynamiser’’ les productions agricoles.

L’une des tares reconnues dans le mécanisme actuel du CFA est  son inaptitude à assurer la promotion d’un secteur industriel industrialisant. La définition correcte de notre CFA pourrait  y remédier en partie.

2 Le nom approprié

En partant de l’idée qu’il s’agit bien de donner son indépendance a la monnaie commune, il faut éviter de détruire ce que ce nom a véhiculé sur les marchés mondiaux en termes de confiance.

Dans le cas de notre monnaie, les regards et autres considérations psychologiques pèsent lourd. En gardant le terme CFA, on capitalise a son profit les gains multiples attachés au repère XOF.

Pour changer fondamentalement, il ne sera donc pas nécessaire de trouver un nouveau sigle, mais juste une nouvelle dénomination.
Le sigle pourrait  signifier  ‘’Cauris fortifié d’Afrique’’; ‘’Coffre fort d’Afrique’’…. .
Fondamentalement, la révision de la politique du crédit et de gestion du CFA nouveau,  aux mains du gouverneur et du Conseil d’administration de l’Institut d’émission, devra s’adapter aux besoins actuels d’ouverture des pays de la zone a’ la roupie, et au yuan tout particulièrement. Ce sera coller a la réalité.
3 Les autres questions à régler

  • Les signes monétaires sont- ils à revoir ?

Il faudra pour cela cerner les frais d’impression et estimer les coûts et avantages d’établissement de nouveaux signes.

  • Où loger les réserves pour en tirer le maximum de profit. Il y a normalement très peu de banquiers des banques centrales : elles sont elles mêmes banquières des banques primaires. La fédéral réserve américaine surfe assez souvent sur les taux nuls ou insignifiants.

La zone euro pourrait être privilégiée

  • Où assurer l’impression des billets ? Pourquoi ne pas ‘’récupérer’’ le système existant dont le sérieux technique est patent, plutôt que de multiplier des appels d’offres et les risques de contrefaçon a grande échelle ?
  • Comment calculer les pertes subies le long des années et les gains obtenus ? Faut-il le faire nécessairement ?

Une méthode simple pour estimer les pertes directes subies est purement comptable. En valeur approchée on peut y aller à partir des réserves déposées au Trésor français,  et les temps de séjour de ces réserves. Toute banque possède le logiciel adapté à ces calculs. Coté gains  engrangés, on peut partir de ce que l’expérience malienne a couté et que les autres ont évité et donc gagné.

  • Quel espace couvrir. Le Centre et l’Ouest africains, paradoxalement ne parlent pas le même langage CFA.  Que chaque zone prenne possession de sa monnaie en la décolonisant et le regroupement se fera un jour tout seul.
  • Quels axes nouveaux au partenariat historique ? Nous n’oublierons pas qu’en situation de guerre de la monnaie, et il y en aura, les concours externes sont payants. Cultiver le partenariat historique, est salutaire. C’est réserver au moins un poste de conseiller sincère a l’illustre partenaire.
    Conclusion :

Au  nom de la décolonisation en cours dans les esprits, avec celle des territoires qui s’active, décolonisons notre monnaie commune.
Bandiougou Gakou

Rédaction

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