lundi 25 septembre 2017
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Cablegates ou les murmures de l’oncle sam de Amadou Wane : Quand la Françafrique résiste aux reformes

La nouvelle politique africaine de la France sous Nicolas Sarkozy fut une réflexion de caractère du président français qui est venu au pouvoir avec des reformes. A l’échelle nationale, Il y a eu quelques revers, où il a dû faire des compromis face à des groupes enracinés, prêts à résister. Cependant, dans le domaine des affaires étrangères, il eut une main libre et à certains égards, la Françafrique était une institution en quête d’une nouvelle identité.
Avant son élection, l’image de Sarkozy était déjà ternie aux yeux des africains. Beaucoup se méfiaient de lui. En tant que ministre de l’Intérieur, un poste qu’il occupa à deux reprises sous Chirac, Sarkozy était bien connu pour ses points de vue et prises de position.
Le ministre, Sarkozy fit des remarques qui soulevèrent des questions sur sa sensibilité envers les minorités de la France, en particulier ceux qui ont des origines au Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Il aggrava ces inquiétudes lors d’une visite au Mali et au Bénin en mai 2006. Peu de temps avant le voyage, il avait proposé des changements dans les lois sur l’immigration. Cette proposition devint le point focal de ses visites et provoqua des manifestations dans les deux pays. Les maliens et les béninois perçurent comme anti-africains ses propositions. Durant le voyage, il compara sa vision des relations avec l’Afrique à celle de Chirac et défendit son projet de loi sur l’immigration comme signe d’une « nouvelle relation » avec l’Afrique. L’immigration fut une partie importante de la politique africaine de Sarkozy et reste un point de contentieux en France.
A son arrivée à l’Elysée, Sarkozy nomma un proche associé, Brice Hortefeux, comme ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, un ministère qui n’avait jamais existé auparavant. La création de ce nouveau ministère indiqua la priorité de Sarkozy à plaire à l’électorat de l’extrême-droite. Certains africains désapprouvèrent une autre partie de la politique d’immigration de Sarkozy, à savoir, le programme de test ADN pour vérifier la parenté comme base de l’immigration. La législation pour un tel programme fut initiée, lorsque Sarkozy était ministre, et a depuis été promulguée après avoir surmonté bien des obstacles juridiques et politiques.
Après sa visite à Dakar, Sarkozy se rendit au Gabon où le président Omar Bongo, un supporteur de la Françafrique, l’a reçu avec tous les honneurs. Une foule jubilante chantait « Vive la France, Vive Sarkozy, Vive l’amitié franco-gabonaise ». Pour certains observateurs, le message était clair : « Vous dites que la Françafrique est une chose du passé, mais si les africains sont vraiment des partenaires égaux, nous avons quelque chose à dire en la matière, et nous disons que la Françafrique n’est pas à tous égards si mauvais ». Sarkozy ne s’attendait pas à ce genre de réception. Il fut surpris de voir Bongo présenter une autre perspective de la Françafrique. Sarkozy montra à plusieurs reprises son manque de tact, de diplomatie et de patience.
Selon son conseiller présidentiel, Remi Marechaux, quand Sarkozy est confiant sur la substance ou à l’aise avec un interlocuteur, il parle librement sans compter sur le document d’information qui lui a été fourni. Occasionnellement, cela provoquait des problèmes quand il s’écartait de la politique officielle. Lorsqu’il était moins familier avec un sujet ou avec un interlocuteur, il lisait textuellement les points de discussion. Le 15 janvier 2008, Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie, donna une interview au quotidien parisien Le Monde, déclarant hardiment, et peut-être témérairement, que «je veux signer le certificat de décès de la France-Afrique ». Mais, peu de choses avaient changé malgré la promesse de Sarkozy d’une nouvelle politique africaine. Selon Bockel l’échec était dû à la mauvaise gouvernance, le gaspillage de fonds publics, la négligence de certaines structures administratives et politiques, et la prédation de certains dirigeants africains. Parmi les 60 000 milliards de FCFA par an d’aide à l’Afrique, 18 000 milliards de FCFA s’évaporent.
Les commentaires de Bockel n’ont pas été bien reçus par certains présidents africains, notamment le président gabonais Bongo. Les relations entre la France et le Gabon prirent un tournant pour le pire, quand, au début de mars 2008, la France expulsa deux gabonais pour des problèmes de visa. Le Gabon souleva les dispositions de réciprocité de l’accord d’immigration récemment signé. Puis soudain, les choses se calmèrent après l’annonce que Bockel n’était plus Secrétaire d’État. Bien qu’officiellement démenti, il était bien connu que Bockel fut l’agneau sacrificiel pour apaiser Bongo. Aussi, les rapports des médias français et les enquêtes sur les biens des dirigeants africains disparurent. L’affaire Bockel fut significative, car elle montra que « tuer » la Françafrique est plus facile à dire qu’à faire.
La Françafrique a une vie propre, avec des intérêts acquis du côté africain, que les français ont peut-être sous-estimés dans leur nouvelle politique. Les dirigeants africains ont pu manipuler la Françafrique pour leurs propres fins aussi bien que les français. Un leader habile comme Bongo a pu se battre bien au-dessus du poids du Gabon et humilier un homme politique français de la stature de Bockel. Des déclarations telle que vouloir « signer le certificat de décès de la Françafrique » se sont terminées avec le départ de Bockel et n’ont plus refait surface depuis. La contre-attaque de la Françafrique a réussi une fois de plus.
Amadou O. Wane
Collaborateur externe,
Floride, Etats-Unis
amadou@amadouwane.com

Djibril Coulibaly

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