mardi 20 novembre 2018
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86e Jour de la grève des Magistrats : Soumeylou Boubèye Maïga parle enfin

C’est à Mopti, à plus de 500 km de l’épicentre de la grève des Magistrats, Bamako, que le Premier Ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, s’est, pour la première fois, prononcé publiquement sur la question.  

En milieu de semaine dernière, face à l’intransigeance des Magistrats, le Premier Ministre avait fait recours à une loi du temps de la dictature de Moussa Traoré, en vue de «réquisitionner» les Magistrats. Cette mesure visait à faire travailler de force les Magistrats. Mal lui en a pris. Au lieu de se soumettre, les Magistrats, plus virulents, ont animé une conférence de presse, le lendemain de la prise de ce Décret, pour non seulement le rejeter, mais aussi  demander la démission de lui, Soumeylou Boubèye Maïga et de ses Ministres de la Justice et du travail, respectivement Tiéna Coulibaly  et Mme Racky Talla.

Cette sortie «audacieuse» des Magistrats venait de porter un sérieux coup à la réputation de celui qui se fait appeler dans certains milieux «le Tigre».  L’autorité de celui qui jusqu’ici avait tenu ferme la barre, a été mise à mal. Pensant qu’il en restera là, c’était mal le connaître. Le week-end dernier, il a profité de son déplacement à Mopti pour aborder publiquement la question.  L’audace des Magistrats l’y aura certainement contraint après plus de 80 jours de silence assourdissant.  Il a tout d’abord appelé les uns et les autres au don de soi ; c’est-à-dire à faire des concessions.  Il lui fallait tout naturellement justifier le Décret de réquisition, objet de toutes les railleries sur les réseaux sociaux. Il dira: «Le droit de grève n’excluant pas l’obligation de service minimum, le Décret de réquisition vise à assurer le droit constitutionnel d’assurer la continuité du service public de la justice… »

Au-delà de la continuité du service public de la justice, l’autre argumentaire du PM était que l’état d’urgence autorisait pleinement le recours à ce décret. Car, selon lui, l’objectif des Magistrats grévistes était de prendre l’Assemblée Nationale en otage.

La carotte et le bâton

Si le Gouvernement, depuis le début de la grève, n’avait pas daigné se prononcer sur les revendications des Magistrats dont l’une des principales est la grille salariale, le PM a promis que l’État «respectera tous ses engagements y compris l’augmentation des salaires de 10% des Magistrats».

En tendant cette carotte, le PM brandit en même temps le bâton de la sanction. À partir d’aujourd’hui, lundi, il sera fait  une «évaluation de la réquisition faite aux Magistrats». Ceux qui ne s’y seront pas pliés à la mesure  s’exposent, selon lui, à des mutations.

Si le PM a promis que l’Etat va respecter ses engagements notamment en ce qui concerne l’augmentation  salariale pour tous les Magistrats, il précise en même temps que ce ne serait pas dans l’immédiat à cause de l’«équilibre global des finances publiques». Il annonce, cependant, que le Gouvernement va convoquer une conférence sociale entre décembre 2018 et janvier 2019 sur la question des salaires pour des solutions «durables, équitables et soutenables».

En conclusion, Soumeylou Boubèye Maïga demande aux Magistrats de reprendre le travail sous peine de sanctions de « mutations » et que la question des salaires (la base même de la grève) ne saurait être abordée avant décembre 2018.

Mohamed Sangoulé DAGNOKO : LE COMBAT

Rédaction

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